Médias : les femmes passent à la trappe

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 12/03/2026

Déjà moins présentes que les hommes à l’antenne en temps ordinaire, elles disparaissent lors d’une crise majeure.

Édition spéciale "GUERRE EN IRAN", Darius Rochebin sur LCI avec le général Patrick Dutartre et le général Michel Yakovleff (PHOTO d'un écran LCI, 12 mars 2026, par René SAGET)

On ne compte plus les généraux, amiraux et gradés de toutes sortes qui défilent sur les plateaux. Essentiellement des hommes ! En grande majorité masculine, aussi, sont les nombreux experts, spécialistes de la géopolitique et de stratégie militaire, qui apportent leur savoir émérite, forcément émérite…. Quand les choses deviennent vraiment sérieuses, lorsqu’il s’agit de vie ou de mort, physique ou économique, les femmes invitées disparaissent. Restent celles qui passent les plats, les journalistes, qui sauvent l’honneur…

Des expertes absentes en temps de crise

À chaque fois, les médias refont le coup. Lors de la crise du Covid, c’étaient ces messieurs en blouse blanche qui monopolisaient les plateaux, reléguant la présence féminine à celle des infirmières et aides-soignantes (qu’on applaudissait hors télé). Dès qu’une actualité sortant de l’ordinaire frappe à la porte, seuls ont le droit d’entrer les experts au masculin. C’est encore stupéfiant avec le conflit en Iran. La guerre est une chose trop sérieuse pour le sexe dit faible…

Certes, les médias ont des excuses : les milieux militaires sont encore largement dominés par la gent masculine et les femmes se sont encore peu investies dans les sujets géostratégiques. Mais il y en a de plus en plus et les médias pourraient faire davantage d’efforts pour aller les chercher dans tous les instituts et organisations où elles travaillent dans l’ombre. Certains plateaux 100 % masculins sont des caricatures d’un autre âge.

L’Arcom confirme la sous-représentation

Mais il est dur de changer ses habitudes. Même par temps « calme », les femmes continuent d’être sous-représentées. Le tout nouveau rapport annuel de l’Arcom confirme hélas ce phénomène persistant. Malgré des progrès indéniables obtenus depuis 10 ans en pressant le secteur de respecter la loi sur l’égalité de Najat Vallaud-Belkacem, il semble qu’on se heurte à un plafond de verre concernant certaines catégories d’intervenants sur les antennes.

Sur les sujets régaliens, on ne trouve que 30 % de femmes invitées. Et lorsqu’elles sont là, on note un écart pouvant aller jusqu’à 8 % entre leur taux de présence et leur temps de parole. Tous sujets confondus, on trouve encore un quart des séquences qui offrent 70 % de visages masculins. La proportion de femmes expertes est en moyenne de 39 %, en stagnation. Les chiffres tombent beaucoup plus bas dans certains domaines, comme le militaire…

En cette période électorale, il est également intéressant de noter le temps de parole particulièrement peu élevé des femmes politiques : 27 %, contre 73 % pour les hommes, donc ! Ce qui fait bondir l’actuel président de l’Arcom, Martin Ajdari : « Les femmes politiques restent minoritaires dans les médias audiovisuels, encore plus qu’elles ne le sont en politique. Seules deux femmes dans le top quinze des personnalités politiques les plus invitées ! »

Le cybersexisme aggrave le phénomène

C’est pire sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, excellente initiative, l’Arcom a mesuré le degré de sexisme sur Internet. Le cybersexisme est incontestablement la forme la plus récurrente de la haine en ligne. Quelque 70 % des commentaires physiques désobligeants portent sur des personnalités politiques ciblant des femmes ; celles-ci reçoivent deux à trois fois plus d’attaques personnelles que les hommes. Cette situation est à la fois le reflet et la cause du mauvais traitement subi par les femmes. L’inconscient est nourri de clichés dévalorisants qui n’aident pas à redresser la barre.

Qu’il s’agisse de médias traditionnels ou d’Internet, la bonne réponse passe par la régulation. Des normes plus contraignantes pour les premiers, des règles à établir d’urgence pour le second, où le masculinisme gagne du terrain. Par ces temps de disette budgétaire, voilà des propositions qui ne coûtent rien mais qui peuvent changer la vie. À vos programmes, mesdames et messieurs qui rêvez de 2027 !

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse