France-Allemagne : la fausse querelle

par Bernard Attali |  publié le 13/03/2026

À rebours d’un narratif ambiant de rupture entre Paris et Berlin, les sondages révèlent une réalité bien différente. Aux yeux des Allemands, la France reste le partenaire le plus digne de confiance et le plus indispensable dans un contexte international anxiogène.

Le président français Emmanuel Macron est accueilli par le chancelier allemand Friedrich Merz à la chancellerie à Berlin le 15 décembre 2025. (Photo John MACDOUGALL / AFP)

La récente déclaration du président de la République a marqué une inflexion importante de la doctrine française en matière de dissuasion nucléaire. Beaucoup prédisaient à cette occasion une réaction réservée, voire hostile, des autorités allemandes. Ils en ont été pour leurs frais.
À lire de nombreux commentaires dans notre pays, la relation franco-allemande serait exécrable : nos voisins d’outre-Rhin seraient exaspérés par nos déficits, critiques de notre entêtement sur l’« avion du futur » et peu enclins à voir l’Europe se renforcer par des emprunts mutualisés. Certains vont jusqu’à imaginer la renaissance d’un « axe » (de triste mémoire) entre l’Allemagne et l’Italie, axe qui contournerait la diplomatie française.
C’est habituel hélas. Beaucoup de grincheux s’emploient en permanence à exciter les esprits dépressifs et masochistes. Il y a, chez beaucoup d’entre eux, une joie mauvaise à souligner l’image dégradée de la France outre-Rhin. Ces propos, disons-le, sont à côté de la plaque.

Les Allemands font largement confiance à la France

C’est ce que souligne à propos l’ambassade d’Allemagne en France en relayant le sondage Deutschland-Trend réalisé du 2 au 4 mars dernier. Résultats : 82 % des personnes interrogées en Allemagne font confiance à la France, un chiffre en hausse de quatre points par rapport au mois de janvier. Le niveau de confiance atteint des sommets chez les Verts (96 %), les Unions chrétiennes (93 %), Die Linke (90 %) et les militants du Parti social-démocrate (SPD) (89 %).
L’enquête montre que la France jouit outre-Rhin d’un niveau de confiance très élevé (80 % ou plus) et stable sur la longue durée (20 ans). Les variations sont plus marquées pour les autres partenaires tels que le Royaume-Uni (75 % de confiance) ou les États-Unis (15 %).

La France, partenaire privilégié dans un monde incertain

Ces résultats corroborent une autre enquête, publiée par le Frankfürter Allgemeine Zeitung en début de semaine. Dans un monde en perte de repères, ressenti par les Allemands comme très inquiétant, la France apparaît comme le premier partenaire avec lequel « coopérer le plus étroitement possible ». L’Hexagone est cité par les trois quarts (75 %) des personnes interrogées, loin devant le Royaume-Uni (57 %), la Pologne (51 %) et les États-Unis (34 %).
Par ailleurs, 54 % des Allemands s’accordent aujourd’hui à dire que « l’Europe est notre avenir ». Le chiffre est stable sur la durée. Il oscille autour des 50 % depuis 30 ans. Et l’enquête révèle que les jeunes générations sont de plus en plus favorables à l’idée européenne. On aimerait être sûr qu’il en est de même chez nous.

Des divergences mais un partenariat stratégique

Loin de moi l’idée que tout va pour le mieux dans tous les domaines entre Berlin et Paris. Il faudrait être naïf pour ne pas voir les divergences de part et d’autre du Rhin. La manière de dire ou de faire est parfois divergente : la France, comme souvent, paraît excessivement volontariste quand l’Allemagne se veut plus sobre, plus mesurée. Cela s’est remarqué notamment dans les positions respectives à l’égard de la Russie et de l’Ukraine. Mais pour l’essentiel, il est exagéré, voire pernicieux, de dire n’importe quoi sur la relation franco-allemande dans un moment où l’Europe a plus que jamais besoin de renforcer la solidarité des membres de l’Union.

Je rappellerai volontiers ce que disait le général de Gaulle : « il n’y a pas d’autres réalités en Europe que la France et l’Allemagne, et si ces deux-là ne sont pas unis dans tous les domaines nous serons perdus ».

Bernard Attali

Editorialiste