Meloni : la fête est finie

par Marcelle Padovani |  publié le 13/03/2026

Fragilisée à l’extérieur et contestée à l’intérieur, Giorgia Meloni vit une séquence politique délicate. Entre tensions diplomatiques et réforme judiciaire controversée, son autorité se trouve mise à l’épreuve. Un moment charnière pour une dirigeante qui se voulait jusqu’ici incontestée.

Le Premier ministre italien Giorgia Meloni, lors d'une réunion de campagne du parti de droite italien Frères d'Italie (Fdi) en faveur du « Oui » au référendum sur la justice, à Milan le 12 mars 2026. (Photo : Stefano RELLANDINI / AFP)

Difficile pour Giorgia Meloni de fêter gaiement ses quatre ans d’exercice du pouvoir : les qualificatifs qui lui collent aujourd’hui à la peau — « boiteuse », « estropiée », « étranglée », « paralysée » — ne sont guère encourageants. Les plus indulgents se contentent de la décrire comme un « canard boîteux inféodé à Trump ».

Une politique étrangère contestée

Première ombre au tableau de la présidente du Conseil : la guerre israélo-américaine. S’y ajoute le référendum des 22 et 23 mars sur la réforme de la justice portée par le gouvernement, avec un « non » donné gagnant par la plupart des sondeurs. Or, il est dans la tradition italienne qu’un exécutif désavoué par une consultation électorale démissionne et convoque des élections anticipées.

Dans la séquence actuelle, la politique étrangère est un premier test. Impossible de soutenir que Meloni dispose d’une véritable stratégie en la matière : elle a tout fait pour diluer son approche du conflit iranien dans un cadre plus large, en refusant de « partager ou condamner les raisons de la guerre ». Sollicitée le 10 mars par le Sénat et la Chambre pour clarifier sa position, elle n’a ainsi réclamé aucun cessez-le-feu, omettant surtout de mentionner les 110 installations militaires américaines présentes depuis 1954 dans la péninsule — aéroports, bases opérationnelles, centres d’entraînement et de commandement — dont 9 bases militaires, de Trieste à Catane, gérées par 13 000 soldats américains autonomes. Dans l’opposition, on se plaît à souligner que ces installations pourraient, hélas, devenir d’idéales cibles iraniennes…

Référendum sur la justice sous tension

À cette prise de position embarrassante — « nous ne sommes ni complices ni adversaires des soldats américano-israéliens » — s’est ajoutée, fin février, la crainte des résultats du très prochain référendum. Celui-ci vise à réformer la justice en proposant la « séparation des carrières des magistrats », la « formation de deux Conseils supérieurs de la magistrature » et le « tirage au sort » de la majorité des membres de l’ANM (Association nationale des magistrats). Pratiquement tous les parquets en ont dénoncé le caractère oppressif et étouffant, encourageant ainsi une forte campagne pour le « non », donné favori par les sondages.
C’est alors que Giorgia Meloni a décidé de se lancer personnellement dans la bataille pour le « oui », à coups de vidéos, messages et déclarations, ainsi qu’un meeting le 11 mars à Milan, avec l’appui de ses ministres et collaborateurs. À les entendre, les procureurs et juges italiens sont « trop puissants » ; ils « s’opposent systématiquement à nous en matière d’immigration et de sécurité » ; « trop politisés », ils « nous empêchent de gouverner » en formant un « véritable peloton d’exécution » ; il vaudrait mieux qu’ils « disparaissent ». En conclusion : « Votez oui contre ces castes ».

Mais ce qui risque de se produire n’est pas un triomphant « oui au massacre des juges », accompagné d’un « oui » implicite à Donald Trump, mais un « non à Giorgia Meloni ». Clair et sans appel.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome