Municipales 2026 : la redoutable poussée de LFI
À peu près partout, ils ont fait mieux que prévu. Les bons scores obtenus dans de nombreuses villes françaises valident la stratégie de polarisation de Jean-Luc Mélenchon. Dans le bruit et la fureur, les candidats LFI ont mobilisé un électorat jeune, communautaire, plus important que ne l’anticipait le Parti socialiste.
C’était le grand test, celui qui doit donner à la gauche ses lignes directrices pour la présidentielle de 2027. Résultat : la stratégie antagonique de La France insoumise a payé. Dans la violence, le bruit et la fureur, tout en attaquant en priorité les socialistes, Jean-Luc Mélenchon est allé chercher dans les grandes villes de France le vote communautaire et celui des étudiants. Pour lui, c’est là que se trouve le réservoir de voix qui lui permettrait d’arriver en tête de la gauche au premier tour de la présidentielle.
Des scores qui confortent la stratégie de Mélenchon
Hormis à Saint-Denis, où LFI l’emporte dès le premier tour, et à Roubaix, où David Guiraud dépasse les 40 %, les Insoumis ne pourront pas remporter seuls de grandes villes. Mais ils décideront de la victoire dans de nombreuses communes. Il s’agit de Limoges (26,2 %), où LFI devance le PS, Rennes (où elle bénéficie du reflux des Verts) et surtout à Lille où elle crée la surprise en talonnant le dauphin de Martine Aubry, Arnaud Deslandes. C’est le candidat des Verts, en recul, qui devrait arbitrer le second tour, sans doute en faveur du candidat socialiste.
À Toulouse enfin, le LFI François Piquemal décroche la deuxième position à 24,7 % derrière la droite qui conserve la tête à 37,8 %, ôtant de facto tout espoir au Parti socialiste qui rêvait de reconquérir la ville rose.
LFI en position d’arbitre dans plusieurs villes
Il n’y a pas que dans les bastions où elle s’installe que La France insoumise pose problème. Elle est aussi, de façon plus compliquée, en situation de se maintenir au second tour dans la plupart des très grandes villes françaises. Et de mettre des bâtons dans les roues d’Emmanuel Grégoire à Paris, où Sophia Chikirou devance contre toute attente la coqueluche des médias Sarah Knafo, qui pourrait sortir du jeu.
Même scénario à Marseille, la deuxième ville de France, où Benoît Payan, le maire sortant proche du PS, est au coude à coude, à 35,4 %, avec le candidat du RN, Franck Allisio. Avec 12 % des voix, l’ex-chauffeur de Jean-Luc Mélenchon, Sébastien Delogu, sera l’arbitre du résultat. À Nantes, une cité tenue par la gauche depuis des lustres, le faible écart entre la maire socialiste sortante Johanna Rolland et son adversaire de la droite unie pose là aussi LFI en position d’arbitre.
Force est donc de reconnaître que dans les plus grandes villes de France, LFI fait irruption au cœur d’élections municipales dont elle était jusqu’ici absente. « De la tambouille électorale » lançait autrefois avec mépris Jean-Luc Mélenchon, davantage concerné par son propre score à la présidentielle que par la nécessité de faire élire des conseillers municipaux de terrain.
Les tensions entre socialistes et Insoumis
Face à cette situation qui défie la position de rupture qu’il a choisie face à LFI, Olivier Faure a mis en avant le succès de ses troupes : « Je salue la victoire des maires socialistes réélus : à Paris, Marseille, Nantes, Rouen, nous sommes en tête et en mesure de l’emporter au second tour ». Il a récusé tout accord avec LFI au niveau national, ce qui ne lui interdit rien au niveau local. « Seule l’alliance entre le PS et les Verts peut empêcher le RN de gagner. C’est un nouvel espoir pour 2027. La stratégie de conflictualisation de Jean-Luc Mélenchon montre ses limites ».
Encore va-t-il falloir transformer l’avance prise au premier tour en un second tour gagnant. Car partout, ou presque, La France insoumise sera faiseuse de roi. Même à Lyon, où la remontada de l’écologiste Grégory Doucet le place à égalité avec son adversaire de droite Jean-Michel Aulas que tous les sondages donnaient gagnant, fait aussi le jeu de la candidate de LFI qui lui propose une « fusion technique » pour l’emporter dimanche prochain.
Cette situation d’arbitre donne le beau rôle au président de LFI, Manuel Bompard. « Nous tendons la main aux autres listes pour permettre la constitution d’un front antifasciste », a-t-il lancé, mettant d’emblée le Parti socialiste et les Verts dans l’inconfortable posture de ceux qui accepteront ou pas de s’allier pour gagner.
A contrario, on sait qu’à Paris ou même à Marseille, un accord entre le PS et LFI paraît quasi impossible tant les deux partis se sont violemment affrontés au cours de la campagne électorale. LFI prendra-t-il la responsabilité de faire perdre la gauche dans les deux plus grandes villes de France ? Un dilemme lourd à trancher en vue de la présidentielle, sur lequel Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas encore prononcé.



