Emmanuel Grégoire, envers et contre toutes
Malgré un parcours semé d’embûches et de peaux de bananes, lâché par Hidalgo, combattu par Dati et Chikirou, le nouveau maire de Paris s’est imposé neuf points devant son adversaire de droite . Un joli score, fruit d’une personnalité honnête, solide, sympathique… et d’une détermination à toute épreuve.
Au départ, rares sont ceux qui misaient sur lui. Peu connu au bataillon, il pâtissait de la mauvaise querelle qu’il avait entretenue, lorsqu’il était premier adjoint, avec sa cheffe, Anne Hidalgo, la maire de Paris. Elle lui avait retiré sa confiance, estimant qu’il ne l’avait pas assez soutenue ni protégée lors de sa déconfiture présidentielle de 2022, puis lors des attaques contre ses notes de frais contractées pour aller voir sa fille à Tahiti.
Une rupture avec Anne Hidalgo
`Il avait pris les devants de la rupture annoncée en ravissant la 7e circonscription de Paris grâce à l’investiture du Nouveau Front populaire que lui avait accordée Olivier Faure aux élections législatives de juin 2024, contre l’avis d’Anne Hidalgo, qui lui préférait sa proche, Lamia El Aaraje. Vexée que sa créature lui échappe, qui plus est avec l’aide de son ennemi juré Olivier Faure, Anne Hidalgo avait alors coupé les ponts et annoncé, quelques mois plus tard, qu’elle soutiendrait le sénateur Rémi Féraud, son dauphin désigné pour les élections municipales de 2026.
Pendant l’été 2024, elle avait poussé sa colère jusqu’à bannir Emmanuel Grégoire de la liste des invités aux Jeux olympiques de Paris, lui qui avait pourtant été, comme premier adjoint, la cheville ouvrière du projet pendant plus de sept ans. Son pire souvenir et sa plus grande humiliation, relate-t-il encore aujourd’hui…
La stratégie d’un rassemblement à gauche
Battu mais pas vaincu, Emmanuel Grégoire en sort avec une détermination renforcée. Loin de céder à l’injonction d’Anne Hidalgo, il ne plie pas et jette toutes ses forces dans la bataille. Il mouille sa chemise auprès des militants pour les convaincre qu’après douze années d’Hidalgo, il sera, pour la gauche, le candidat du renouvellement. Sa stratégie se révèle payante : le 30 juin 2025, il remporte la primaire socialiste à Paris, à plus de 52 % face au candidat officiel, le sénateur Rémi Féraud. Le désaveu est cinglant pour Anne Hidalgo, qui avait convoqué six mois plus tôt ses amis journalistes pour leur expliquer toutes les bonnes raisons pour lesquelles elle ne voulait pas d’Emmanuel Grégoire comme maire de Paris.
Fort de l’investiture du Parti socialiste, l’enfant de Seine-Saint-Denis, né aux Lilas il y a 48 ans dans une famille de tradition communiste, dispose d’à peine neuf mois pour montrer qu’il peut gagner. Sur ce terrain miné, il s’attelle à rassembler, à commencer par sa famille politique. Ainsi, son ex-adversaire Rémi Féraud sera-t-il sur scène pour le soutenir lors de son premier meeting ; et Lamia El Aaraje figurera-t-elle en deuxième position sur sa liste pour mener la tendance Hidalgo. Ensuite, il scelle un accord – trop généreux ? – dès le premier tour avec le chef de file des Verts à Paris, David Belliard. Pour y parvenir, il lui octroie 36 conseillers de Paris éligibles (contre 28 aujourd’hui), la mairie du 11e arrondissement et l’interdiction de toute alliance de second tour avec Pierre-Yves Bournazel. Le communiste Ian Brossat complète le tableau de la gauche unie.
Enfin, il ajoute Lucie Castets et Danielle Simonnet – en avant-dernière position – sur sa liste, pour consolider son électorat plus à gauche et affaiblir sa concurrente de LFI. Car dès le premier jour, il sait que jamais, quoi qu’il lui en coûte, il ne s’alliera à Sophia Chikirou. Sans insulter ses électeurs, il pointe l’attitude agressive de la compagne de Jean-Luc Mélenchon, dont le plus cher désir est de le faire perdre. Il lui reconnaît une bonne maîtrise de ses dossiers, mais ne partage pas ses prises de position, qu’il juge trop radicales.
Une victoire nette face à Rachida Dati
Tout au long de la campagne des élections municipales, il ne dévie pas d’un pouce de sa stratégie de rassemblement de la gauche unie, sans aucune concession à LFI. Il déroule son programme pour permettre aux Parisiens de rester à Paris, devenue trop onéreuse pour eux, en promettant de les loger mieux et moins cher. Il assure qu’il remettra à plat le périscolaire, empoisonné par les abus sexuels faits aux enfants. Et il endosse le bilan de la mandature Hidalgo sur le vélo comme marqueur de ce que la gauche a fait de mieux depuis douze ans à Paris.
Le soir du débat de l’entre-deux-tours, on le découvre encadré par ses deux concurrentes radicales et déchaînées, Rachida Dati à droite et Sophia Chikirou à gauche, qui, complices, font tout pour le déstabiliser. Il souffre, mais il tient bon. Et contre-attaque le lendemain dans les médias, tant il sait qu’avec ses multiples casseroles et sa méconnaissance des dossiers, Dati est la plus mauvaise candidate que la droite pouvait présenter à Paris.
Son sang-froid, son expérience, sa connaissance approfondie des dossiers, son sérieux qu’accompagne un sourire agréable, font le reste : il l’emporte avec le score de plus de 50 % des voix, qui le met neuf points devant Dati, tandis que Chikirou recule à 7,96 %.
Un succès qui ouvre la voie d’une gauche unie sans LFI pour la présidentielle de 2027. En cela, la victoire d’Emmanuel Grégoire rayonne au-delà de son succès personnel.



