Meloni : la populiste lâchée par le peuple

par Marcelle Padovani |  publié le 23/03/2026

Sanction populaire pour Giorgia Meloni : en perdant son référendum sur la justice, elle est passée en quelques heures d’une position de force à une séquence d’incertitude politique majeure, qui pourrait marquer le début d’un affaiblissement durable.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni quitte l'isoloir après avoir voté lors d'un référendum constitutionnel sur la réforme du système judiciaire italien, le 23 mars 2026. (Photo RICCARDO DE LUCA / Anadolu via AFP)

Oui, la fête est finie. La dégringolade a même été plus brutale que prévu ; certains parlent de « naufrage ». Car Giorgia Meloni vient de perdre une importante bataille politique avec le référendum des 22 et 23 mars. La voici totalement déstabilisée, mise à l’écart par ce « peuple italien », dont elle s’autoproclamait la « fille », elle qui se jugeait particulièrement apte à gouverner : sur 59 % de votants — un chiffre élevé pour ce type de consultation dans la péninsule —, Meloni a essuyé 55 % de « non ». Précisément le pourcentage que son prédécesseur Matteo Renzi avait obtenu, lui aussi, au référendum de 2016 sur « l’abolition du bicaméralisme », ce qui l’avait incité à démissionner de son poste de président du Conseil.

Une majorité fragilisée

D’où la question qui hante désormais la presse italienne : comment Meloni réagira-t-elle à ce fiasco ? Donnera-t-elle sa démission, avec tout ce que cela implique — nouvelles élections législatives, recherche d’un nouveau leader et d’une nouvelle majorité ? Moins d’une heure après les résultats, l’intéressée a assuré qu’elle « continuera à honorer son mandat ». Envisagera-t-elle alors une vaste consultation programmatique pour consolider son rassemblement, actuellement sous le choc ? Tous les doutes sont permis, car la majorité dont elle dispose est très hétéroclite : les miliants de Fratelli d’Italia  —, ces ex-mussoliniens brusquement devenus, avec Meloni, des fans de Donald Trump ; les ex-berlusconiens ; et enfin les membres d’une nouvelle extrême-droite clairement pro-poutinienne, anti-européenne et anti-ukrainienne, avec la Lega de Matteo Salvini. « Bon courage, madame Meloni », commente unanimement la presse.

Une opposition sans alternative claire

Mais la situation n’est guère plus réconfortante ni porteuse d’avenir dans les partis d’opposition qui ont fait voter « non » : les anti-melonistes ne s’attendaient pas à cet énorme succès, ils n’ont aucun nom de leader alternatif à proposer, aucun programme partagé par la gauche et le centre gauche — donc à la fois par le Parti démocrate, le Mouvement Cinq Étoiles, les écologistes, les petits partis d’extrême gauche, et enfin ceux que l’on pourrait appeler les « centristes ». Que conclure de ce « référendum » ? Qu’il est difficile, dans nos pays occidentaux, de créer des alternatives politiques unitaires capables de répondre aux crises des coalitions gouvernementales au pouvoir, qu’il s’agisse de la France, de l’Italie ou d’autres démocraties européennes. Et avec une question inévitable : sont-ils tous utiles, ces référendums « à l’italienne », coûteux comme il se doit et souvent consacrés à des sujets hermétiques tels que la « séparation des carrières dans la magistrature » ? Ils pourraient relever d’un banal exercice parlementaire…

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome