Face à Trump, l’Europe de la liberté

par Boris Enet |  publié le 24/03/2026

L’Amérique de Donald Trump bouscule l’ordre mondial par la force. Face à elle, l’Europe tente d’imposer une autre voie, mêlant diplomatie, dissuasion et défense de l’État de droit. Deux visions du monde désormais en confrontation ouverte.

MONTAGE PHOTO. Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz s'expriment lors du Conseil européen à Bruxelles, les 19 et 20 mars 2026. Les dirigeants de l'UE discutent de l'impact du conflit iranien sur les prix de l'énergie, de la sécurité et du soutien à l'Ukraine. (Photos Jonathan Raa / NurPhoto via AFP)

En l’espace d’un trimestre, de l’opération exécutée à Caracas aux prémices d’un enlisement au Moyen-Orient, en passant par la reculade au Groenland et l’abandon de l’Ukraine, l’Amérique de Trump sape la démocratie et la légalité internationale par la guerre. Dans le même temps, l’Europe s’affirme comme la seule alternative démocratique, par la diplomatie et la préparation au combat.

On ne l’apprend qu’avec retard par la télévision publique danoise et le Financial Times, mais il est désormais établi que face aux prétentions démentes de Trump sur le Groenland, l’Europe a appuyé sa posture diplomatique sur des préparatifs militaires afin de bien se faire comprendre. Ainsi, l’exercice conjoint des forces danoises, françaises, allemandes, norvégiennes et suédoises a été avancé dans l’urgence. Copenhague, avec l’aide de Paris et Berlin, s’est mis en situation de pouvoir combattre et miner les pistes d’atterrissage de Nuuk et Kangerlussuaq. Résultat, Trump s’est vu contraint de reculer devant le « coût matériel et humain » qui aurait résulté d’une invasion armée.

Guerre au Moyen-Orient : stratégie et coûts

Au Proche et Moyen-Orient, ce sont deux guerres en une qui opposent les mollahs et leurs proxys à Trump et Netanyahu, se livrant une bataille feutrée pour le commandement des expéditions tant les buts stratégiques de Washington et Tel-Aviv diffèrent. La guerre de Tsahal au Liban, par-delà les actions criminelles du Hezbollah, nourrit le soupçon d’une colonisation de fait d’une partie du Sud-Liban en même temps que la Cisjordanie. La campagne incessante de frappes sur l’Iran des mollahs, après avoir laissé les Iraniens soulevés contre leurs bourreaux se faire massacrer, a pour but la chute du régime pour les Israéliens tandis que Washington s’est embarqué à la légère sans savoir jusqu’où elle irait. « Tuer les méchants », dit Pete Hegseth, le préposé à la défense, « libérer le détroit d’Ormuz », dit le Néron des Amériques obsédé qu’il est par la manne pétrolière. Et vogue la galère sans port d’attache.

Quand la Bourse s’aplatit : le nerf de la guerre

« Tuer les méchants » coûte cher, en effet. Le Pentagone a dépensé plus de 10 milliards de dollars la première semaine rien qu’en munitions et la liste de matériel ne cesse de s’allonger. L’état-major américain demande pas moins de 200 milliards supplémentaires pour « tenir le choc », soit davantage que les 180 milliards accordés à l’Ukraine en trois ans de 2022 à 2025. Et dans ses rêves militarisés, Trump espère doubler le budget militaire en le portant… à 1 500 milliards. Impossible sans passer par le Congrès et à ce niveau, même ses affidés, comme en témoignent les premières défections significatives parmi les siens, y rechigneraient. Sans compter que l’échéance des midterms approche. Trump pourrait-il s’en affranchir en terrassant ce qu’il reste de la démocratie américaine ? La question mérite d’être posée.

En attendant, cette guerre illégale a déjà un coût exorbitant pour les Américains, pour les ressortissants des riches États pétroliers du Golfe comme pour des millions de personnes. Les chaînes d’approvisionnement sont chamboulées, en particulier dans le secteur de l’énergie, mais aussi dans celui de la chimie médicale. Les prix à la pompe et ceux des médicaments flambent. L’impact de la poussée inflationniste, désormais certaine, affectera toute la planète. De quoi inciter les banquiers centraux à augmenter leurs taux comme vient de le faire la Banque d’Angleterre.

L’Union européenne fait bloc

L’Union fait face, debout, sans rien céder aux injonctions de son adversaire erratique. Il avait fallu négocier astucieusement sur les droits de douane. Désormais, quand Trump quémande de l’aide à ses conditions, croyant encore pouvoir les imposer, il est éconduit fermement par une déclaration conjointe des principaux États européens rejoints par le Japon. Ses proxys, à l’image du Hongrois Viktor Orban, s’essaient à bloquer le prêt de 90 milliards accordé précédemment à Kiev, à l’unanimité des membres du Conseil alors même qu’il n’y contribuera pas. De quoi révolter, à juste titre, Volodymyr Zelensky, les Ukrainiens et beaucoup d’autres Européens. Mais les menaces de mort de ce dernier ne sont pas acceptables : « Je pourrais donner l’adresse d’Orban à nos forces armées ». Vive réaction de condamnation de l’UE misant sur les électeurs hongrois pour démettre l’encombrant proxy de Trump et grand ami de Poutine lors du scrutin législatif du 12 avril prochain.

La vie suit son cours partout en Europe, y compris quand il s’agit de la mise en examen pour corruption par le parquet de Kirchberg (CJUE) d’une ancienne haute responsable de la politique extérieure puis rectrice démissionnaire du Collège d’Europe à Bruges, où est formée une partie des cadres européens. La démocratie, fil rouge de l’identité européenne, ne saurait être mise entre parenthèses, jamais.

Boris Enet