Iran : Trump cherche une sortie

par Pierre Benoit |  publié le 25/03/2026

Les palinodies du président américain, assorties d’un probable délit d’initié, traduisent surtout sa peur d’un enlisement qui compromettrait à coup sûr ses élections de mi-mandat.

Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth (au centre), évoque la guerre en Iran tandis que le président Donald Trump l'écoute, dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, le 24 mars 2026 à Washington. (Photo Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Donald Trump nous a habitués à ses volte-face spectaculaires. Cette fois, il ne trompera personne. Qu’on en juge. Dans la nuit de samedi, le président républicain lance un premier ultimatum : « si l’Iran ne rouvre pas totalement le détroit d’Ormuz dans les 48 heures, les États-Unis frapperont et anéantiront ses différentes centrales électriques ». La menace est brandie le jour même où deux missiles iraniens ont touché le sud d’Israël, proche de la localité d’Arad et du réacteur nucléaire de Dimona.

Ultimatum sur le détroit d’Ormuz

Changement de pied lundi matin. Trump, sur Truth Social : « j’ai donné instruction de reporter toute frappe militaire contre les centrales électriques pour une période de cinq jours, sous réserve du succès des réunions en cours ».

Aussitôt, les réactions fusent à Téhéran. Deux agences, dont l’une est proche des Gardiens de la révolution, ironisent sur les déclarations de Trump : « il fait marche arrière après avoir entendu que nos cibles seraient toutes les centrales énergétiques de la région ». Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dément toute négociation ; il reconnaît tout juste avoir reçu une demande de contact qui a transité par l’intermédiaire de pays amis. Le président du Parlement de Téhéran est plus mordant encore en déclarant que les fausses nouvelles de Trump visent à manipuler les marchés pétroliers. Comment lui donner tort ?

Trump avait pris soin de lancer son ultimatum au milieu du week-end. Il a attendu l’ouverture des marchés lundi matin pour le repousser de cinq jours. À Londres, le baril de Brent glissait un instant sous le seuil des 100 dollars après sa déclaration, soit une chute de 13 %. Cet épisode entretient un climat délétère à Washington. Juste avant les « conversations positives » annoncées par Trump, le Financial Times a repéré que des transactions d’un montant de 580 millions de dollars avaient été opérées sur le marché du pétrole.

La crainte d’un enlisement régional

Affirmation à l’emporte-pièce puis reculade, on connaît la musique depuis les premiers jours de son mandat. C’est son style et sa faiblesse. Trump a commencé son mandat en annonçant la fin de la guerre d’Ukraine en 24 heures. Il recule devant l’Iran car il sait bien que le pilonnage des centrales électriques signifierait l’écroulement du pays. « La perspective d’une destruction complète aura pour effet d’unir les Iraniens derrière leur gouvernement pour résister car cela touchera toute la population », affirme le politiste Bernard Hourcade.

La valse-hésitation de Trump n’est peut-être qu’apparente. D’une certaine façon, il vient en effet d’indiquer aux Iraniens la marche à suivre : il n’attend qu’un geste de leur part pour suspendre ses frappes, la promesse d’une réouverture du détroit d’Ormuz. À Téhéran, on attend des garanties préalables. Les Américains ont lâché les Iraniens en pleine négociation à deux reprises au cours des derniers mois : une première fois avant les frappes de juin, la seconde fin février, au milieu des discussions de Genève organisées avec la médiation omanaise. Avant de débloquer le détroit, Téhéran veut des assurances sur un cessez-le-feu durable.

Depuis l’offensive israélo-américaine, les assassinats ciblés ont décimé la plupart des instances du régime islamique. Tous les dirigeants ont été remplacés, les discussions sont intenses entre les différents cercles dirigeants. «À l’intérieur du pouvoir, certains cherchent une solution rationnelle pour mettre fin au conflit, reprend Bernard Hourcade. C’est le cas du président du Parlement, Mohammed Ghalibaf. L’ancien maire de Téhéran est un homme autoritaire, mais il a la capacité, comme l’avait Larijani, d’imaginer une sortie de crise. Mais le successeur de Larijani à la tête du Conseil de défense, est le général Bagher Zolghadr, un ancien commandant des Gardiens de la révolution, qui est un radical favorable à une guerre à outrance. Dans cette intense lutte d’appareil, les réalistes savent qu’une guerre finit toujours par une négociation ».

À huit mois des élections de mi-mandat, le milliardaire républicain est embarqué dans une guerre qui va lui coûter cher électoralement. Il faut qu’il puisse claironner : « j’ai arrêté le programme nucléaire iranien » pour ne pas s’embourber dans le conflit. Il pensera sans doute que tout le monde a oublié les négociations de janvier, alors même que les négociateurs iraniens avaient déjà accepté le blocage du programme nucléaire. Pour les Iraniens, l’objectif d’une négociation est d’abord la fin des sanctions économiques. Les avoirs iraniens bloqués par les États-Unis se chiffrent en milliards de dollars.

Reste une inconnue de taille. Trump a lancé cette guerre avec son allié israélien. Après avoir parlé avec Trump, Benyamin Netanyahou a déclaré lundi que les frappes sur l’Iran et le Liban allaient continuer. Il a répété sa volonté de rendre l’Iran incapable de la moindre riposte. Les Israéliens, on le sait, n’ont pas les mêmes buts de guerre que les Américains. Dans ces conditions, on voit mal comment les Iraniens pourraient accepter une sorte de « demi-cessez-le-feu » qui n’inclurait pas le co-belligérant israélien.

Pierre Benoit