PS : la présidentielle commence, sans la primaire
D’un côté, Hollande, Lalucq, Guedj et Cazeneuve, rassemblés pour préparer la présidentielle sur une ligne sociale-démocrate claire. De l’autre, un bureau national du Parti socialiste où Olivier Faure est mis en minorité sur sa stratégie d’alliances locales avec LFI. Le jeu s’éclaircit au PS pour enterrer la primaire de la gauche.
Ils étaient là, François Hollande, Aurore Lalucq (qui représente Raphaël Glucksmann), Jérôme Guedj, rejoints par Bernard Cazeneuve et Ariel Weil, venus dire, à notre invitation, qu’à un an de l’élection présidentielle, il est temps d’accélérer et d’unir les forces de la social-démocratie. Ou du « socialisme républicain », comme préfère le nommer Guedj, qui n’a pas omis de préciser qu’il venait, lui, d’un autre courant de pensée.
Les sociaux-démocrates se structurent
À l’occasion du changement de nom de notre journal, désormais LibreJournal, François Hollande a clairement appelé à la constitution d’une fédération qui associe autour du Parti socialiste les membres de Place publique de Raphaël Glucksmann et de La Convention de Bernard Cazeneuve. Une coalition qui s’oppose à une primaire de la gauche où le Parti socialiste devrait concourir aux côtés de celui qui dit élégamment : « la gauche déconne », comprendre François Ruffin.
Il s’agit au contraire de constituer une plateforme programmatique commune à la gauche socialiste non-LFI afin de positionner et de soutenir au mieux celui qui sera le futur candidat issu de ses rangs pour l’élection présidentielle. Puis, Aurore Lalucq et Jérôme Guedj développent, avec leurs mots, les mêmes arguments, montrant le visage rassemblé des présidentiables sociaux-démocrates.
Alors, quel président de la République pour la France ? s’interroge ensuite François Hollande, qui se demande, à l’heure où Donald Trump, l’homme de la guerre, s’attaque en réalité au modèle démocratique de l’Europe, qui saura lui résister. Quelle candidature ? Les sondages trancheront, affirme l’ex-président de la République, qui visiblement croit en son étoile.
Olivier Faure mis en minorité au PS
Au même moment, en écho bruyant, on s’étripe au bureau national du Parti socialiste, six heures durant, jusque tard dans la nuit. L’heure est aux règlements de comptes après les élections municipales, où la stratégie d’alliances locales avec LFI entre les deux tours a conduit au fiasco. Sur les 17 villes où les listes de gauche ont fusionné avec LFI, seulement 6 ont remporté la victoire pour 11 défaites. A contrario, parmi les 13 listes qui ont refusé toute alliance, 9 l’ont fait avec succès, dont Paris et Marseille. Preuve que la gauche non-mélenchoniste gagne sans LFI pour la bonne raison qu’elle dispose d’une plus grande réserve de voix.
Les deux courants, menés par Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol, sonnent la charge contre les accords locaux passés avec LFI et adoubés par Olivier Faure malgré la clarification nationale du 3 mars, où avait été dénoncé le « boulet » que représente LFI et son antisémitisme. « Le manque de clarté et de cohérence de notre direction nationale dans plusieurs de ses expressions entre les deux tours a alimenté le soupçon d’insincérité de notre parti et de ses militant-es et ont mis en difficulté certains de nos candidats dans tous les territoires », assènent Vallaud et Mayer-Rossignol dans la résolution signée par leurs deux courants.
Ensemble, ces deux-là sont majoritaires. Mardi 24 mars, Olivier Faure a donc été mis en minorité au bureau national du Parti socialiste. Même si, avec les subtilités que recèle le fonctionnement du PS, cette résolution n’a pas été soumise au vote, Olivier Faure considérant « qu’elle n’était pas à l’ordre du jour ».
Ne nous méprenons pas : il ne s’agissait pas de démettre Olivier Faure de la direction du Parti socialiste, lui qui a été élu premier secrétaire lors de quatre congrès successifs. Tout l’enjeu est de définir la ligne politique du parti pour la présidentielle. En clair, d’obtenir que les socialistes renoncent à la primaire de la gauche et se concentrent sur les seules forces sociales-démocrates autour du PS et de son programme pour se lancer dans la course et soutenir le candidat qui sera, in fine, choisi.
En réalité, rue Saint-Martin, où les présidentiables sociaux-démocrates sont venus se rassembler et, à quelques encablures de là, boulevard Saint-Martin, où se tient le bureau national du Parti socialiste, les deux discours sont peu ou prou les mêmes.
Après des élections municipales où « la gauche résiste », il est l’heure d’accélérer en vue de la présidentielle. Les candidats putatifs, à savoir Raphaël Glucksmann, François Hollande, Jérôme Guedj ou d’autres qui souhaiteraient se déclarer au PS, tels Olivier Faure ou Boris Vallaud, sont connus et sont prêts. Ils veulent enclencher ensemble la surmultipliée et refusent, dans un premier temps, d’intégrer dans leur processus les autres candidats de gauche tels Marine Tondelier, François Ruffin ou Clémentine Autain. Ceux-ci sont en effet sur une autre position, faite de zigzags avec La France insoumise, qui ne permettrait pas d’adopter la ligne de « clarté, sincérité et solidarité » à laquelle appelle désormais la résolution Vallaud-Mayer-Rossignol.
Même s’il sait que rien ne se fera sans lui, qui dirige le parti, voici donc Olivier Faure au pied du mur, sommé par ses propres troupes de trancher. Le 24 mars, la primaire de la gauche prévue le 11 octobre est bel et bien mort-née.



