Russiagate : Trump se réjouit du décès d’un procureur
Le 21 mars dernier, est décédé Robert Mueller, ancien directeur du FBI et procureur spécial chargé d’enquêter sur les liens entre la Russie et la campagne de Trump de 2016. Le message publié par le locataire de la Maison-Blanche à l’annonce de cette disparition est d’une indécence rare.
La mort de Robert Mueller, grand serviteur de l’État, a donné lieu à de nombreux hommages d’anciens présidents et d’autres personnalités politiques. Dans ce concert de louanges, un seul homme devait faire exception : Donald Trump. Ce dernier s’est félicité de sa mort sur son réseau social en écrivant qu’« au moins il n’accusera plus personne de manière injustifiée ».
Le président américain se montre ainsi ouvertement incapable de mettre de côté ses griefs personnels, même à la mort d’un homme qui aura servi très honorablement son pays, comme soldat puis au FBI et en tant que procureur spécial. Pour lui, Robert Mueller a commis le crime impardonnable de le mettre en cause dans l’affaire qui est peut-être la plus sensible pour son ego.
Le poids persistant du Russiagate
En effet, le « Russiagate » a mis au jour les nombreuses interventions de la Russie pour faire gagner Trump contre Hillary Clinton en 2016, sans que la collusion avec Trump soit démontrée. Pour ce dernier, déjà incapable de digérer sa défaite au suffrage populaire qu’il impute à ce Russiagate, toute tentative de minorer sa victoire et de laisser entendre qu’elle a été favorisée par une aide extérieure est un crime de lèse-majesté. Si le Russiagate n’a pas donné lieu à une inculpation formelle de Trump, on le doit à la pusillanimité de Robert Mueller, dont la prudence sur le dossier a été assimilée par beaucoup à de la lâcheté.
La Russie est l’un des angles morts des deux présidences de Trump, incapable de critiquer publiquement Poutine, même quand celui-ci lui ment ouvertement, se paie sa tête ou perturbe ses plans. Le Russiagate alimente encore les questions sur Trump et la Russie, et il demeure une obsession indépassable pour lui.
Un second mandat sous le signe de la revanche
Son animosité personnelle envers Mueller dit tout de son rejet des instances indépendantes dont il estime qu’elles ont miné son premier mandat et dont il s’est débarrassé lors du second. Il a ainsi, dès son retour à la Maison-Blanche, renvoyé le directeur du FBI (dont le mandat court d’habitude sur 10 ans), nommé un nouveau directeur très peu qualifié pour une telle fonction, et choisi une ministre de la Justice qu’il considère plus comme son avocate personnelle que comme la principale autorité judiciaire du pays, qui se doit d’être indépendante du président.
Le Russiagate aura façonné le désir de revanche de Trump pour son second mandat et conduit à la carte blanche donnée à Heritage Foundation pour vider de leur substance les institutions indépendantes de l’État fédéral. En ce sens, Mueller aura été un artisan involontaire et, à son corps défendant, de la dérive autoritaire des États-Unis, et accéléré l’avènement de Trump 2.0, chef tout-puissant entouré de personnalités falotes sans autorité et soucieuses avant tout de lui plaire.
La mort de Mueller est pour Trump, au sommet de sa puissance institutionnelle, l’occasion de célébrer sa bonne fortune malgré ses difficultés politiques. Elle renforce son récit du « winner » ayant terrassé tous ses ennemis, dont il se réjouit des défaites, des démissions et même des trépas, reflet d’une personnalité profondément perverse et même malade.



