Présidentielle : danger, course de lenteur
À droite comme à gauche, ni projet ni candidat ne se dégagent, chacun misant sur le temps pour décanter la situation à son profit. Pendant que les extrêmes creusent leur sillon…
Dans un an exactement, on sera à quelques jours du premier tour de la présidentielle. C’est à la fois loin et près. Loin, parce que beaucoup d’événements peuvent se produire dans les prochains mois, venant bouleverser le paysage. Mais près, aussi, parce que face à l’éclatement des forces politiques et à la perte de confiance des électeurs, il devient urgent de faire émerger un champion crédible avec quelques idées concrètes de nature à s’imposer au sein du cercle de la raison.
À un an du scrutin, le flou persiste
Or, à gauche comme à droite, il y a de quoi s’inquiéter. Jamais autant de candidats, déclarés ou putatifs, ne se sont sentis une vocation pour l’Élysée. Mais jamais aussi peu d’éléments de programme n’ont commencé à infuser, justifiant de porter leur promoteur au pouvoir. Entre Jean-Luc Mélenchon et le binôme Marine Le Pen/Jordan Bardella, prêts pour la bataille, c’est le grand n’importe quoi.
À droite, on en est à se demander si elle ne va pas continuer à être la plus bête du monde, selon l’expression de Guy Mollet. Après avoir loupé la conquête de Paris, faute d’un bon candidat et d’unité, les conservateurs s’apprêtent à récidiver. Les grands chefs à plumes sont d’accord sur la nécessité théorique de n’avoir qu’un seul champion pour se qualifier au second tour de la présidentielle, mais personne ne semble disposé à s’effacer.
Droite et gauche paralysées
Bruno Retailleau le dit carrément dans Le Figaro de ce vendredi, justifiant ainsi son entrée dans la course : « L’absence de notre parti à la présidentielle risquerait d’entraîner sa mort. Je suis convaincu qu’un candidat macroniste ne pourra pas être élu président de la République. Édouard Philippe sera tôt ou tard rattrapé par le bilan d’Emmanuel Macron. » Il n’est donc pas prêt à lâcher le morceau avant d’avoir pu faire campagne de longs mois, quel que soit le mode de désignation choisi par les militants. L’occasion de faire le procès du macronisme dans lequel auront trempé ses rivaux.
Gabriel Attal et Édouard Philippe seront évidemment visés pendant toute cette période. Le premier contre-attaquera en dénonçant certains positionnements ambigus du Vendéen, et, en tout cas, son conservatisme sur les questions sociétales. Pendant que le Havrais, tentant de ménager ses deux ailes, se gardera d’avancer trop nettement ses idées « massives ». Déjà, il a reculé la date de son meeting de lancement de campagne, qui devait avoir lieu le 12 avril. À force de traîner et de s’égratigner, il n’est pas certain qu’il soit possible de recoller les morceaux à l’automne et que les Français aient assez d’éléments pour départager les impétrants. Encore moins de sacrer un champion de l’unité.
Les études d’opinion auront également quelque mal à délivrer leur oracle à gauche, où c’est plus que jamais le brouillard. Certes, les sociaux-démocrates ont réussi à écarter l’hypothèse d’une « petite primaire » qui aurait ruiné tout espoir de voir qualifier un candidat progressiste modéré. C’est toujours cela de pris, à la faveur de ces municipales qui ont vu poindre non seulement les gauches irréconciliables, mais les PS incompatibles. On n’en a pas fini des palabres sur la nature des liens à entretenir avec LFI.
Même mis en minorité, Olivier Faure continuera à vouloir entretenir une certaine ambiguïté. Le premier secrétaire n’oublie jamais que sans les voix insoumises, il serait battu dans sa propre circonscription. Il conserve un espoir d’être lui-même candidat, sur une ligne plus à gauche que celle de ses concurrents sociaux-démocrates. Mais ces derniers sont eux-mêmes un peu confus. On ne sait toujours pas qui sera leur chef de file et quelles sont leurs priorités sur le fond. Ils jouent tous la montre.
François Hollande, en dehors de l’ukase anti-LFI, ne se découvre pas d’un fil. Raphaël Glucksmann promet toujours pour demain ses idées et sa déclaration formelle de candidature. Bernard Cazeneuve n’en finit pas de réfléchir. Jérôme Guedj occupe le terrain le temps que le rideau se lève enfin. À force de ne pas se jeter à l’eau, le risque est que personne ne surnage. Et que celui qui ramasse la mise ne soit Jean-Luc Mélenchon.
Qui va piano va sano, dit le dicton. Mais il y a aussi des moments où il faut savoir accélérer pour ne pas laisser les extrêmes prendre trop d’avance. Pendant que les lièvres batifolent, les tortues avancent… Cela va devenir de plus en plus difficile de faire mentir La Fontaine.



