Léa Salamé : le « moment » Lavrov
Drôle de scène au 20.00 de France 2 : le chef propagandiste russe Sergueï Lavrov déroule son argumentaire sans véritable opposition. On a connu la journaliste plus mordante…
Dans un entretien récent sur Kombini, Léa Salamé notait : « Moi, mon obsession sur France Inter, c’est de créer un moment. L’important, évidemment que ce n’est pas la question, c’est le moment ». Pour être francs, on se serait bien passé du « moment » qu’elle vient de nous offrir en compagnie de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères et propagandiste de marbre pour le compte du Kremlin.
Un entretien sans contradiction
Faut-il parler au diable ? Oui, mais avec une longue cuillère. La maxime n’a semble-t-il pas fait son chemin jusqu’au 20.00 de France 2, où l’entretien a surtout servi la soupe à un pays qui mène des opérations de déstabilisation contre la France et conduit une guerre d’agression contre son voisin depuis quatre ans.
Les mensonges proférés par Sergueï Lavrov étaient pourtant connus d’avance. Pour le Kremlin, la guerre (tiens, il ne parle plus « d’opération spéciale »…) aurait commencé à cause de l’oppression ukrainienne exercée sur les minorités russophones, lesquelles auraient demandé la protection de la mère patrie ; la langue russe aurait été interdite à l’école ukrainienne avant 2014 ; la France et l’Allemagne auraient abandonné le processus de Minsk.
En fait, ces billevesées sont sorties tout droit de l’opuscule de propagande rédigé par Vladimir Poutine lui-même la veille de l’invasion, De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens, dont Nicolas Werth a brillamment réfuté les mensonges dans son essai Poutine historien, publié chez Gallimard. Léa Salamé ne semble pas l’avoir lu…
La séquence du tee-shirt « URSS »
Sans sourciller, Lavrov répète que l’Ukraine serait « dirigée par les nazis », énormité si grossière qu’on s’attendait à une interruption, à une réaction. Non. Hors champ, la journaliste demeure muette, et le visage de granit du propagandiste s’affiche en haute définition sur les écrans français.
Se sentant chez lui, Lavrov assène encore une fois la fable d’une Russie contrainte à la « frappe préventive » : les Européens voudraient fournir la bombe atomique à Kiev. Réaction : « On n’a jamais entendu parler de ça, mais c’est… sans doute avez-vous vos informations, mais ici en France, personne n’a jamais parlé de livrer une bombe nucléaire aux Européens ». Lavrov aurait donc « ses informations ». Lesquelles ?
Pourquoi Lavrov portait-il en Alaska un tee-shirt sur lequel était inscrit « URSS », provocation destinée à évoquer l’époque où la Russie dominait toute l’Europe de l’Est ? Question en forme de perche tendue — « qu’est-ce que cela veut dire ? » — avec un sourire avenant et l’espoir d’un bon mot de la part du poutinien. Loupé : le diplomate répond qu’il s’agissait d’un simple rappel de l’histoire. Elle insiste : « Il y avait forcément un message ! ». Même réponse, sur un ton égal. Conclusion : ce n’est pas à un vieux menteur qu’on apprend à faire la grimace…



