Un espoir pour le Caucase, enfin
Tandis que la guerre continue entre la Russie et l’Ukraine, et que le conflit s’intensifie entre l’Iran et les États du Golfe, les trois anciennes républiques soviétiques du Caucase pourraient tirer leur épingle du jeu en enterrant les vieilles rancœurs et en préparant l’avenir.
L’Arménie a accepté d’abandonner toute revendication sur le Haut-Karabagh, ce territoire peuplé d’Arméniens isolé au sein de l’Azerbaïdjan. Le Premier ministre Nikol Pachinian martèle sans cesse le mot de « paix » pour évoquer ses rapports avec la dictature d’Ilham Aliyev, le président azéri. La chute de l’enclave séparatiste arménienne en 2023, à la suite d’une campagne militaire éclair permise par les pétrodollars azerbaïdjanais et le matériel militaire turco-israélien, a déstabilisé ce petit pays pauvre de 3 millions d’habitants, qui a dû ouvrir ses portes à 150 000 réfugiés. Le vieillissement démographique et l’exil des jeunes (en 5 ans, 100 000 départs ont été enregistrés) transforment l’Arménie en profondeur. Conscient de la nécessité de garder sa jeunesse, Nikol Pachinian a décidé de stimuler l’économie et d’inscrire son pays dans la voie de l’intégration régionale en acceptant la feuille de route présentée par Trump à l’été 2025.
Le Caucase est un carrefour stratégique : les 40 km de frontière entre l’Iran et l’Arménie représentent 20 % du commerce global de l’ex-république soviétique, notamment pour les activités en provenance de Chine et d’Inde. Sans gaz iranien, les centrales thermiques arméniennes s’arrêtent. Un scénario qui mettrait en péril le plan de Trump, qui compte sur le développement d’infrastructures et l’interdépendance comme vecteurs de paix. Sur cette question clé, l’issue dépendra en partie du résultat des élections prévues en avril prochain : le Premier ministre affirme qu’une victoire de l’opposition « mènera à la guerre » avec l’ennemi de trente ans. Principal opposant, l’oligarque Samvel Karapetian a été placé en résidence surveillée. La 44ème fortune de Russie serait un agent au service du Kremlin, qui constate impuissant son éviction de son « étranger proche ». Nikol Pachinian doit ainsi faire le grand écart entre quatre puissances, l’Iran, utile à son économie, les États-Unis qui patronnent l’accord de paix, l’Union européenne qui souhaite un rapprochement avec Erevan et l’ancien ennemi azerbaïdjanais.
La Géorgie entre deuil et durcissement politique
L’Arménie n’est pas la seule à vivre des bouleversements dans la région. En Géorgie voisine, l’heure est au deuil et à l’angoisse : le patriarche Elie II est mort à 93 ans après avoir régné sur l’Église orthodoxe géorgienne depuis… 1977. Ce dernier roc inamovible dans un pays qui a redécouvert l’indépendance en 1991. Soutien de l’intégration européenne, il en dénonçait cependant la promotion d’un « mode de vie non traditionnel » (comprenez : qui ne réprime pas assez les LGBT). Chef de l’une des institutions les plus puissantes du pays, il n’avait cependant pas dénoncé le virage autoritaire du parti au pouvoir, « Rêve géorgien ». Bidzina Ivanichvili, l’homme fort du pays, continue sa répression tous azimuts. Au point de jeter en prison, pour des motifs de « malversations financières » aux contours flous, l’ancien chef du gouvernement Irakli Garibashvili, pourtant fidèle parmi les fidèles. Visé par de multiples sanctions internationales, le milliardaire pro-russe semble engager son gouvernement dans une fuite en avant. Plaque tournante de l’économie de contournement des sanctions par les Iraniens, la Géorgie pourrait payer son aveuglement par de nouvelles sanctions, ne visant plus seulement des individus mais bien l’ensemble de l’économie. Un tel scénario réduirait à néant les espoirs de paix et de prospérité pour la région.



