Giorgia Meloni joue sa survie politique

par Marcelle Padovani |  publié le 03/04/2026

Affaiblie politiquement, Giorgia Meloni se retrouve face à plusieurs scénarios risqués pour préserver son pouvoir : ajustements tactiques, réforme du jeu électoral ou retrait pur et simple. Une séquence décisive s’ouvre pour l’avenir politique de l’Italie.

Des manifestants défilent à Naples, le 23 mars 2026, contre la Première ministre Giorgia Meloni, suite aux résultats du référendum constitutionnel. Après la victoire du « non » au référendum, les manifestants sont descendus dans la rue pour exiger la démission de Giorgia Meloni. (Photo Alessio Paduano / Anadolu via AFP)

Deux semaines après la victoire du « non » au référendum sur la justice en Italie qu’elle a proposé, Giorgia Meloni doit affronter les conséquences de ce revers électoral. Les médias transalpins, de droite comme de gauche, évoquent désormais les « trois tentations de la Première ministre ».

Maintenir un exécutif affaibli

Première tentation : maintenir le gouvernement actuel, qui survit pour l’heure grâce au cabotage de l’après-référendum, avec son chapelet d’épurations (la démission d’un ministre, d’un secrétaire d’État, d’une fonctionnaire du ministère de la Justice, ainsi que d’une flopée d’élus locaux). Il s’agirait, dans cette hypothèse, de gérer avec habileté un exécutif affaibli mais soucieux de mener la législature à son terme, jusqu’aux élections de 2027. Tout en donnant au public une double impression de « prudence » de « grand nettoyage ».

La carte d’une nouvelle loi électorale

La deuxième : consolider la survie de l’exécutif actuel grâce à une nouvelle loi électorale prévoyant une généreuse prime majoritaire — 70 députés et 35 sénateurs — pour le parti ou la coalition ayant atteint 40 % des suffrages. Tel est aujourd’hui l’état des forces dont dispose la Première ministre italienne. Si elle optait pour ce scénario, toute crise de gouvernement deviendrait pratiquement impossible. Cette nouvelle loi instaurerait en outre un système de « listes bloquées », démocratiquement contestable et décrié frontalement par l’opposition.

L’option d’une démission encadrée

Enfin, la troisième solution, la plus radicale : Giorgia Meloni présente sa démission au président de la République. Celui-ci accepte ce geste, dissout les Chambres et se met en quête d’un nouveau locataire pour le Palazzo Chigi, appuyé par une nouvelle coalition. Bien des membres de la majorité actuelle laissent entendre que cette troisième issue serait la meilleure.

Mais ils négligent deux éléments fondamentaux, comme le fait notamment remarquer le Parti démocrate. En premier lieu, ils oublient que le président de la République peut accepter la démission du Premier ministre sans pour autant convoquer des élections anticipées, et confier l’exécutif à une nouvelle coalition et à un nouveau chef de gouvernement, serait-il « technique ». Beaucoup estiment que Sergio Mattarella penche pour cette solution.

Autre élément déterminant dans l’évaluation des « tentations de Meloni » : l’hostilité des industriels à une solution visant à maintenir à tout prix la Première ministre. Le président de la Confindustria (le CNPF italien), irrité par les coupes infligées aux subventions à l’innovation technologique, ne cache pas que « les guerres en cours dans le monde », « l’économie stagnante » et « le coût de l’énergie » sont pour lui les véritables problèmes de l’Italie aujourd’hui. Une économiste reconnue, Veronica De Romanis, abonde dans ce sens en rappelant que la progression du PIB italien est aujourd’hui prévue à 0,4 %, contre 0,6 % initialement annoncés, et que l’OCDE anticipe une « croissance au rabais » en Italie en 2026. En somme, le contraire d’un imbroglio électoral et institutionnel qui ferait les affaires de Meloni.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome