Meloni cernée par les scandales

par Marcelle Padovani |  publié le 10/04/2026

À Rome, les scandales qui affectent le gouvernement ne relèvent plus de la chronique mondaine mais traduisent un malaise politique profond. Des affaires de mœurs aux soupçons de favoritisme, en passant par des dérives institutionnelles, c’est tout un climat qui fragilise l’exécutif.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, à la Chambre basse du Parlement italien, à Rome, le 9 avril 2026. (Photo Andreas SOLARO / AFP)

Les scandales du gouvernement Meloni sont qualifiés de « roses » par la presse transalpine car ils présentent une particularité : ce sont exclusivement des femmes qui mènent la danse et orchestrent leur médiatisation, aidées par une avalanche de photos volées et de mises en scènes journalistiques au style complaisant. Ces femmes se ressemblent physiquement — de jolies blondes — et moralement, avec la même soif de notoriété, de pouvoir et d’argent. Dénominateur commun : les victimes évoluent toutes au sein d’institutions étatiques.

Le dernier scandale implique le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, 62 ans. À l’oigine de l’affaire, Claudia Conte, 34 ans, une journaliste en quête de visibilité … qui est aussi sa collaboratrice. Le 3 avril, dans une interview accordée à un média en ligne, elle commente les rumeurs sur son « histoire sentimentale » avec le ministre : « C’est quelque chose que je ne peux pas nier ». S’ensuit un emballement médiatique incandescent, une multiplication de montages douteux, de selfies manipulés — comme celui où elle apparaît aux côtés du pape François, qu’elle avait publié juste après sa mort —, ainsi que des demandes de démission visant le ministre. Celui-ci évite soigneusement tout commentaire à chaud, malgré la diffusion de photos le montrant en sa compagnie. Les enquêtes subséquentes révèlent des éléments troublants : Claudia Conte aurait obtenu, semble-t-il grâce aux interventions du ministre, une série de contrats, d’émissions télévisées et de fonctions institutionnelles. La dernière en date : sa désignation comme « marraine de la Fête de la police », le 10 avril à Frosinone, près de Rome — événement finalement annulé…

Démissions et soupçons de favoritisme

Avant l’affaire Conte, l’exécutif italien s’était déjà enlisé dans un autre scandale impliquant le ministre Gennaro Sangiuliano, alors chargé de la Culture dans le gouvernement Meloni. Sa partenaire, Maria Rosaria Boccia, 41 ans, femme d’affaires et collaboratrice, publie le 26 août 2024 sur son compte Instagram une photo souriante à ses côtés, accompagnée de ces mots : « Merci pour ma nomination comme conseillère pour les grands événements ». On découvre après enquête, que ses déplacements sont financés par le ministère, qu’elle a obtenu une carte d’accès directe à la Chambre des députés, qu’elle a influé sur certaines nominations et qu’elle a eu accès à des documents réservés du ministère. Le scandale devient si envahissant dans la presse que Sangiuliano, qui reconnaît la relation mais nie les avantages qu’il aurait procurés à sa collaboratrice, finit par démissionner un mois plus tard.

Aux deux ministres pris dans la tempête se sont entre-temps ajoutés un secrétaire d’État — contraint de partir, non pour des affaires sentimentales, mais pour une inculpation bien plus grave : il était financièrement lié à un mafieux de la Camorra napolitaine et participait à la gestion de son restaurant romain, « La Bistecchiera » — puis une photo de la Première ministre en compagnie d’un autre mafieux (« Il s’agit d’un selfie en pleine rue », assure-t-elle…) Résultat : en Italie, l’opinion commence à considérer que ce climat de favoritisme ambiant est banal, voire secondaire, et que le problème de ces « scandales » est avant tout politique. Rien de rassurant pour Giorgia Meloni, déjà fragilisée par défaite électorale essuyée lors du référendum sur la justice des 22 et 23 mars.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome