Trump si, Trump no
Quand on dit en permanence tout et son contraire, parfois le même jour, on n’arrive pas à grand-chose. C’est ce qui se passe dans la gestion foutraque et méprisante de la crise moyen-orientale par les États-Unis.
La liste des aphorismes de Donald Trump consacrés à la guerre d’Iran serait du plus haut comique si elle ne concernait la vie de millions de personnes et la mort de dizaines de milliers d’autres sur les divers fronts ouverts par l’Iran, Israël et les États-Unis au Moyen-Orient. Florilège.
Déclarations contradictoires sur le détroit d’Ormuz
À propos de la liberté de circulation dans le golfe Persique ces derniers jours : « L’Iran a accepté de ne plus jamais fermer le détroit d’Ormuz », dit Trump. Le lendemain, pour répliquer au maintien du blocus sur leurs navires, les Iraniens referment le détroit et tirent sur plusieurs tankers.
« La marine iranienne est au fond de l’eau », avait clamé Trump. Sans doute les tirs iraniens venaient-ils du fond des abysses, ou bien ces vedettes rapides qui prenaient les bateaux en ligne de mire, tel le sous-marin jaune des Beatles, avaient-elles momentanément plongé pour refaire surface ailleurs.
Israël, Liban : cessez-le-feu contesté
« Israël ne bombardera plus le Liban, déclare Donald Trump vendredi dernier sur son réseau Truth Social. Ils ont l’INTERDICTION de le faire par les États-Unis. Ça suffit ! » Quelques heures plus tard, Israël annonçait que le cessez-le-feu ne dispensait pas les forces de Tsahal de frapper telle ou telle cible au sud-Liban qui leur paraîtrait dangereuse, ce qu’elles n’ont pas manqué de faire.
Au milieu du conflit, Trump a qualifié l’opération Furie Épique de « petite excursion ». Les affrontements ont depuis tué encore des milliers de personnes en Iran et au Liban. Des promeneurs égarés sans doute…
Négociations et capacités militaires iraniennes
Au début de la guerre, Trump avait annoncé qu’il exigerait une « reddition » totale des dirigeants iraniens. Un mois plus tard et après plusieurs milliers de tonnes de bombes déversées sur l’Iran, d’autres dirigeants tout aussi fanatiques négocient âprement l’éventuelle ouverture de discussions à Islamabad.
« La capacité militaire de la République islamique a été anéantie à 100 % », ajoutait Trump un peu plus tard. Ou encore : « l’armée iranienne a disparu, son armée de l’air est en ruine et ses dirigeants, pour la plupart, ont trouvé la mort ». S’exprimant jeudi devant une commission à la Chambre des représentants, James Adams, chef du renseignement militaire américain, a estimé que l’Iran « conserve des milliers de missiles et de drones d’attaque kamikazes capables de menacer les forces américaines et leurs partenaires dans toute la région ».
S’agissant de l’accord espéré avec le régime, explique Trump, « la plupart des points ont déjà été négociés et approuvés », notamment dans le dossier délicat du combustible nucléaire : « nous allons le récupérer ensemble car à ce moment-là, nous aurons un accord et il n’y a pas besoin de se battre quand il y a un accord. » Réponse immédiate des Iraniens : « L’uranium enrichi est aussi sacré pour nous que le sol iranien et ne sera transféré nulle part, quelles que soient les circonstances ».
Ce ne sont là que quelques échantillons d’une rhétorique absurde et grotesque distillée au réveil sur le réseau Truth Social, le soir avant de se coucher, ou bien au fil d’improvisations toutes plus surréalistes les unes que les autres, à bord d’Air Force Trump ou entre deux trous de golf à Mar-a-Lago. Précisons qu’elles ont déclenché, à chaque fois, une avalanche de commentaires savants et solennels des spécialistes en politique étrangère du monde entier, dont les analyses ont été à chaque fois démenties par la déclaration subséquente de Donald Trump. Au fond, ces experts économiseraient leur force et leur intelligence s’ils attendaient à chaque fois 24 heures avant de réagir à la dernière « trumperie », annulée à chaque fois par la suivante.
Espoir vain, bien entendu : la seule explication rationnelle à tout cela, c’est la transformation de la scène diplomatique en un spectacle ubuesque donné chaque jour pour occuper les esprits, les réseaux et les écrans, qui magnifie les « vérités alternatives » de l’administration américaine. Rappelons les vers de Shakespeare : « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ». Mais comme l’idiot en question dirige l’armée la plus puissante qu’on ait jamais vue sur la planète, on ne peut se passer de l’écouter, aussi vain que soit cet exercice. « Quand les types de 120 kilos disent certaines choses, écrivait Audiard, ceux de 60 kilos les écoutent ». À commencer par les millions d’idiots qui forment la base MAGA. Voilà où nous en sommes…



