Les États-Unis, démocratie de la violence

par Laurent Joffrin |  publié le 26/04/2026

L’assaillant qui a voulu s’attaquer aux dirigeants de l’administration Trump reproduit en fait les pires travers de la culture américaine : révérence envers la force et croyance dans le pouvoir rédempteur de la violence.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Pour autant qu’on puisse en juger à ce stade, l’assaillant du Hilton, qui est fortement soupçonné d’avoir tenté d’assassiner les dirigeants du pays réunis pour le traditionnel dîner de la presse — à commencer par Donald Trump — est un homme de gauche. Le manifeste qu’il a laissé à sa famille reprend le réquisitoire déroulé par l’opposition démocrate — plutôt juste si l’on s’arrête à ce texte : brutalité envers les migrants, corruption, mensonge, louches rapports avec le milliardaire pédocriminel Jeffrey Epstein, violation des principes constitutionnels, etc.

L’ennui, bien sûr, est que ce jeune homme a choisi la voie du crime politique pour faire valoir ses idées, option intolérable. Accessoirement, il a rendu à Donald Trump un grand service en le transformant en victime, et en l’autorisant à jouer les rassembleurs de la nation contre la violence politique.

Une histoire marquée par la violence

Au-delà de ces considérations immédiates, l’événement nous ramène à une réalité essentielle pour qui veut comprendre le monde contemporain : les États-Unis, qui dominent la scène internationale, sont un pays fondé sur la lutte inégale entre la violence et le droit. Quelques données : le taux d’homicides est là-bas dix fois supérieur à celui qui prévaut en Europe ; il y a autant d’armes en circulation dans ce pays qu’il y a d’Américains ; le nombre de prisonniers bat tous les records au sein des démocraties ; au fil de l’Histoire, seize présidents ont été victimes d’attentats (soit un tiers du total) ; quatre d’entre eux ont été assassinés : Lincoln, Garfield, McKinley et Kennedy.

Pour faire court, depuis leur naissance, les États-Unis vivent dans la violence sociétale et politique. Contre les Amérindiens qu’ils ont chassés de leurs terres, contre les « outlaws » de l’Ouest dont il fallait se protéger en jouant du pistolet, contre les esclaves noirs, fâcheusement enclins à se révolter contre une situation infernale.

Culture des armes et politique étrangère

Le droit de porter des armes est inscrit dans la Constitution, à l’origine pour défendre les citoyens contre la tyrannie étatique, puis, par une dérive réactionnaire, pour satisfaire l’obsession de l’autodéfense exaltée par tant de films hollywoodiens, des westerns de John Wayne aux thrillers ultra-violents incarnés par Charles Bronson, Clint Eastwood ou Sylvester Stallone. Tel est, peut-être, le soubassement culturel de leur politique étrangère, sous Trump en tout cas.

Cette idée selon laquelle les conflits doivent se résoudre par l’usage d’armes à feu, ressort principal de la mythologie de l’Ouest ou des polars contemporains, a donc contaminé certains exaltés de la gauche américaine, qui finissent par imiter Trump, pour qui l’assassinat des dirigeants adverses — comme en Iran ou au Venezuela — est une bonne manière de combattre l’ennemi.

L’assaillant du Hilton a sacrifié à la même culture du duel au soleil. Il a pris Trump au mot et transposé dans les faits sa violence verbale, ce qui a changé en victime un président adepte de la force brute en politique. Pour défendre l’État de droit et la démocratie, voilà exactement ce qu’il ne fallait pas faire.


Laurent Joffrin