Mali : l’étau du djihad
La junte militaire au pouvoir avait pour objectif principal de lutter contre les groupes islamistes. Ceux-ci sont maintenant aux portes de Bamako…
Bamako n’a pas retrouvé son agitation habituelle. Depuis l’attaque jihadiste du 25 avril, la capitale malienne est sous tension. Les nuits sont émaillées d’échanges de tirs, des explosions retentissent dans le secteur de l’aéroport. Une situation instable s’est installée après une opération conjointe des séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad et des fondamentalistes du Groupe de soutien à l’islam, Jnim selon l’acronyme en arabe.
Une offensive coordonnée jusqu’aux portes de Bamako
Cette situation n’est pas totalement inédite. En 2012 déjà, les rebelles touaregs avaient fusionné avec une organisation islamiste implantée dans le nord du pays. Cette fois, c’est avec la branche malienne d’Al-Qaïda qu’ils ont fait cause commune. Ce samedi noir du 25 avril, en quelques heures, les irrédentistes du nord se sont emparés de Mopti et de Kidal. Avec l’occupation de ces villes, le nord du pays échappe pour partie au contrôle de la capitale. Au même moment, des affrontements ont eu lieu dans plusieurs agglomérations du centre. À Bamako, le domicile du ministre de la Défense, Sadio Camara, était soufflé par une charge explosive, tuant sa seconde épouse, un de ses enfants et 17 soldats.
Sadio Camara et l’ombre russe
Le général Sadio Camara était l’un des putschistes de la première heure lors du soulèvement militaire du 18 août 2020 qui a renversé le président démocratiquement élu Ibrahim Boubakar Keïta. Très vite, il est devenu le second personnage du régime, le stratège de la lutte contre les groupes armés qui assaillent le Mali. Il était aussi l’homme « qui croyait aux Russes ». Après la reprise en main des paramilitaires du groupe Wagner par Poutine, il a fait redéployer les unités russes rebaptisées « Africa Corps » au centre du Mali et autour de Bamako.
La prise de Kidal est un véritable trophée pour les rebelles du FLA et leurs alliés islamistes. Déjà, en octobre 2023, ils en avaient été chassés par l’armée malienne avec l’aide des hommes de Wagner. Ce dimanche, les derniers combattants russes retranchés dans une caserne ont été évacués sous escorte des islamistes. On compte quelque 2 500 soldats russes au Mali. Leur passivité pendant l’offensive rebelle interroge, car la junte de Bamako avait jusqu’ici le soutien de Moscou depuis l’expulsion en 2022 des soldats français de l’opération « Barkhane ».
Une junte fragilisée et isolée
Le « grand parrain » de la région, qui est l’Algérie avec ses 1 400 km de frontière commune avec le Mali, est sans doute intervenu pour faciliter l’exfiltration des militaires russes. Les services algériens connaissent bien le touareg Ag Ghali, aujourd’hui patron du « Groupe de soutien à l’islam » et commandant en chef de l’opération. Ces derniers mois, des officiels maliens ont même accusé la Russie de trahison. Mais le fond de l’affaire est bien une fracture nette entre l’Algérie et le Mali.
La junte militaire est ébranlée. Deux jours de deuil national pour rendre hommage au ministre de la Défense et cette déclaration du Premier ministre, le colonel Abdoulaye Maïga : « On veut briser la cohésion nationale, affaiblir la détermination des Maliens. » Il a parlé de contre-offensive, de centaines de terroristes neutralisés, de villes comme Mopti en partie reconquise. Après trois jours de silence, le général Assimi Goïta, celui qui s’était autoproclamé président en mai 2025 est enfin réapparu à la télévision nationale pour assurer que « le plan funeste de l’ennemi a été déjoué », et que « les opérations de ratissages et de recherches se poursuivent ».
L’année dernière déjà, les hommes d’Al-Qaïda contrôlaient une partie des voies de communication, menaçant Bamako d’asphyxie. Leur coordination avec les séparatistes touaregs fait apparaître un possible partage des rôles qui pourrait conduire à une fracture du Mali, le nord passant sous le contrôle total des indépendantistes. Une prise de pouvoir par les islamistes n’est cependant pas pour demain s’agissant de contrôler un pays deux fois grand comme la France, avec une capitale de 3 millions d’habitants.
Une certitude en revanche : la junte est plus faible que jamais. Ce régime de non-droit, qui a banni les partis et muselé la population, avait obtenu un court moment de sympathie en arrachant aux rebelles la ville de Kidal en 2023. La perte de cette cité, que l’on nomme souvent « la capitale du nord », n’est pas une simple défaite militaire, elle discrédite totalement les militaires de Bamako.
On pourrait dire la même chose des accords de défense mutuels qui avaient été annoncés en grande pompe par les militaires au pouvoir au Niger et au Burkina Faso. L’Alliance des États du Sahel, qui réunit les régimes putschistes de la région, ne s’est nullement manifestée pour apporter son soutien aux généraux maliens. C’est une coquille vide.



