Le muguet des mélodies

par Frédérick Casadesus |  publié le 30/04/2026

Le 1er mai nous invite à prendre un temps de pause, en quatre temps, deux mouvements, et à laisser venir à soi les souvenirs.

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Toulouse pour la Fête du Travail. Le thème était la culture et la réforme des allocations chômage. Des artistes ont animé la marche à plusieurs reprises, dansant et chantant. L'un de ces arrêts a eu lieu devant le Théâtre de la Cité, occupé, où ils ont interprété « We want to go on dancing » d'Alexis HK. Toulouse, le 1er mai 2021. (Photo Alain Pitton / NurPhoto via AFP)

En écoutant les mots de Catherine Varlin sur une musique de Michel Legrand – tirée d’une ritournelle russe, Odinokaya garmon – tout un bal de fraternité s’invite au matin. « Joli mai », pour un film de Chris Marker, avait belle allure. Certes, sa marche pouvait prendre le chemin détourné du mensonge, donner le sentiment que le grand soir était un paradis, susurrer des promesses et ne jamais les tenir. Elle était belle pourtant, cette valse que Montand portait, jour de joie contre les jours de peine. Est-il aujourd’hui possible que de jeunes gens l’écoutent ?  Peu probable : à chaque génération ses emblèmes, ses points de repère, à la fin l’hymen à fredonner tous ensemble.

Le chantre du printemps est peut-être Félix Mendelssohn, « heureux homme », dit-on souvent, parce qu’il n’était pas un artiste maudit, ni le créateur tourmenté que les clichés transmettent à foison. Mais n’oublions pas que sa sœur aussi possédait le talent de composer. Contrainte d’y renoncer par sa famille, et de se contenter, si l’on ose dire, d’une carrière de pianiste, cette créatrice d’autrefois connaît ses dernières années le bonheur d’une réhabilitation.  Voilà pourquoi nous recommandons – comme au passage, un petit signe d’actualité – le disque de Maire Vermeulin, « Das Jahr », (label « Présence compositrices »)  un calendrier musical imaginé par Fanny Mendelssohn.

Plaisir de fouiller dans les rayons d’une bibliothèque, à la recherche de correspondances, d’analogies, de commentaires aussi.  La musique et la littérature sont faites pour s’entendre. A la recherche ? Aussitôt cette phrase, longue, entêtante, un parfum, vous enveloppe de références : « Car c’était la sonate à Kreutzer qu’on jouait, mais s’étant trompé sur le programme, il croyait que c’était un morceau de Ravel qu’on lui avait déclaré beau comme du Palestrina, mais difficile à comprendre. Dans violence à changer de place, il heurta, à cause de la demi-obscurité…». Non, laissons Marcel Proust, que nous aimons pourtant beaucoup. Puisque Ravel est cité, que diriez-vous du livre d’Echenoz ? Livre court, écrit sans apprêt, donc avec beaucoup de science. « Voilà, il a cinquante-sept ans, nous dit l’auteur au sujet de l’illustre compositeur. Il a bouclé depuis treize ans son œuvre pour piano avec Frontispice, pièce qui ne compte pas plus de quinze mesures, ne dure pas plus de deux minutes, mais ne requiert pas moins de cinq mains. »

La digression doit prendre fin : rendons hommage à Michaël Tilson Thomas, qui vient de mourir à 81 ans. Le don suscite la jalousie. « Pourquoi lui, plutôt que moi ? » murmurent les malveillants, de toute éternité. Michael Tilson-Thomas n’était certes pas Mozart, mais il possédait la grâce d’être à la fois grand pianiste et chef d’orchestre admirable. Homme de musique, en cela disciple de Leonard Bernstein, il fut souvent préféré, chez les mélomanes, à des personnalités plus identifiables, nous dirons plus classiques. Et pourtant… Pionnier de l’intégration des leçons baroques dans l’univers symphonique, il enregistra la symphonie Pastorale avec un orchestre de chambre en 1979 ; amateur de jazz, il dirigea l’un des derniers grands concerts de Sarah Vaughan, en 1982 ; suivant son désir, il conduisit Ravel et Mahler, Steve Reich et Richard Strauss. Un éclectisme qui signe une liberté de cœur. En mai, fais ce qu’il te plaît.

Frédérick Casadesus