« Petite primaire » : le bal des losers

par Valérie Lecasble |  publié le 05/05/2026

En se lançant dans l’arène, Jean-Luc Mélenchon a créé une dynamique qui le place devant Raphaël Glucksmann. Olivier Faure persiste tout de même à lancer le « Front Populaire 2027 » pour sauver une primaire très mal engagée. Comprenne qui pourra…

La maire du 12e à Paris, Lucie Castets, et le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, lors d'une réunion du Front populaire 2027, initiative qui rassemble les partis de gauche en vue de l'élection présidentielle, à Paris, le 5 mai 2026. (Photo Xavier Galiana / AFP)

Lui ne s’embarrasse de rien. Quand Jean-Luc Mélenchon — plus à l’aise qu’avec Gilles Bouleau — annonce à Anne-Claire Coudray, au 20 h de TF1, dimanche soir 3 mai, qu’il sera, à 74 ans, candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, personne ne moufte dans les rangs. Pas un, à La France insoumise, pour lui disputer la vedette, bien au contraire. Manuel Bompard puis Mathilde Panot, qu’il a tous deux cités comme possibles successeurs, volent à son secours dans les médias pour expliquer tout le bien qu’ils pensent de sa candidature. Les deux leaders, du mouvement et du groupe LFI à l’Assemblée nationale, ont le doigt sur la couture du pantalon.

Mélenchon impose sa candidature

Qu’importe, selon eux, si celui qui a déjà échoué trois fois et qui clive le plus perdra, selon toutes probabilités, face au Rassemblement national : les dangers de la période requièrent son expérience. La solidarité de ses troupes crée une dynamique : pour la première fois depuis quelque temps, Jean-Luc Mélenchon repasse à un point devant Raphaël Glucksmann dans le sondage que publie Harris Interactive, à 12 à 13 % contre 11 à 12 %.

Entre l’autorité déterminée de Jean-Luc Mélenchon et le bazar qui règne dans le reste de la gauche, le contraste est saisissant. Après avoir échoué à se rassembler le 1er mai, où l’on a vu Olivier Faure se faire enfariner, les voilà qui se réunissent à La Bellevilloise pour tenter de sauver la primaire de la petite gauche en perdition. À quoi cela rime-t-il quand ni Raphaël Glucksmann ni François Hollande, les mieux placés à gauche pour devancer Jean-Luc Mélenchon, n’y participeront ?

Une primaire de la gauche fragilisée

Chacun a sa raison pour vouloir avancer : Olivier Faure espère être le plus petit dénominateur commun qui sortira du chapeau ; Clémentine Autain, tout comme Lucie Castets, veut exister ; François Ruffin a besoin d’argent et de soutiens pour pousser son idée controversée de laisser le travail aux Français afin d’empêcher les patrons de baisser les salaires en employant des immigrés ; quant à Marine Tondelier, le journal L’Opinion nous apprend qu’elle joue sa peau.

En effet, dès les 6 et 7 juin, un Conseil fédéral des Verts doit statuer, à la demande de ses opposants, sur sa candidature à la présidentielle. Au cas, disent-ils, où la primaire des gauches et des écologistes ne serait pas organisée avant le 30 octobre, un retrait de la candidature de Marine Tondelier serait alors privilégié par plusieurs députés écologistes sortants, en échange d’un accord « honorable » aux législatives. Un peu à la manière de ceux qui ont été passés aux élections municipales : les adhérents des Verts troqueraient alors les quelque 4 % de voix que pourrait recueillir Marine Tondelier à la présidentielle contre un nombre plus important d’élus à l’Assemblée nationale. Si tel était le cas, le désaveu serait cinglant pour celle qui, sur sa gauche comme sur sa droite, ne parvient plus à fédérer son camp.

Par ricochet, l’échec toucherait aussi Olivier Faure. La date du 11 octobre avait été fixée pour cette primaire dont la survie paraît désormais improbable. Olivier Faure voulait en repousser l’échéance afin d’étirer jusqu’à la fin de l’année le moment du choix du candidat du Parti socialiste pour la présidentielle. Mais voici que tombe son meilleur alibi, celui du danger d’une candidature de Marine Tondelier qu’il dit à tout prix vouloir éviter en raison de l’éparpillement des voix qu’elle susciterait à gauche. Si les Verts y renoncent de facto, quel intérêt conserverait donc la primaire ?

D’autant que ni Autain, ni Castets, ni Ruffin ne sont assurés de recueillir les 500 parrainages ni les millions d’euros nécessaires à une campagne présidentielle. Et l’on sait que Fabien Roussel se présentera, quoi qu’il en coûte, non pour gagner mais pour la survie du Parti communiste.

Le Parti socialiste face à ses choix

Voici donc Olivier Faure au pied du mur. En s’obstinant à défendre sa primaire, il refuse d’entendre les appels du pied des deux candidats les mieux placés, Raphaël Glucksmann et François Hollande. Et il met désormais son camp en danger s’il veut qu’un candidat de gauche devance Jean-Luc Mélenchon à l’issue du 1er tour de la présidentielle.

N’est-il pas temps, pour le premier secrétaire, d’entendre raison et de mettre le Parti socialiste en ordre de marche pour soutenir les gagnants et non plus les perdants ? Au risque, sinon, d’ouvrir la voie au leader Maximo qu’il exècre.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique