Autour de Trump, une meute aux ordres
Ce ne sont plus des dérives isolées, mais une bien mécanique en place au sommet de l’État américain. Autour de Donald Trump, une logique de fidélité absolue redessine l’équilibre démocratique en menaçant toute forme de contre-pouvoir.
L’inculpation de Jim Comey, ancien directeur du FBI qui avait enquêté sur les liens présumés de Trump avec la Russie en 2016, constitue un nouvel abus de pouvoir du président milliardaire, qui peut compter sur des responsables entièrement acquis à sa cause, obsédés par leur volonté de plaire au chef. Lors de la campagne de 2024, Trump avait évoqué une présidence placée sous le signe de la revanche. Depuis, il s’emploie à mettre cette promesse à exécution, visant des adversaires qu’il présente ouvertement comme des ennemis à abattre.
L’animateur Jimmy Kimmel, le président de la Réserve fédérale Jerome Powell ou l’ancien directeur du FBI Jim Comey ont peu en commun, qu’il s’agisse de leur parcours, de leurs opinions ou de leur mode de vie. Tous partagent en revanche un point commun : ils sont la cible de l’hostilité de Donald Trump, coupables, à ses yeux, d’avoir conservé leur indépendance face à un homme qui ne tolère pas la contradiction.
Jim Comey vient ainsi d’être inculpé pour avoir partagé une image que Trump interprète comme un appel à son assassinat. Il avait déjà été visé par une procédure antérieure, finalement classée sans suite, au grand déplaisir du président. Cette nouvelle accusation, pour le moins surprenante, apparaît surtout comme un signal zélé adressé à Trump, qui n’a jamais pardonné à Comey l’enquête sur ses liens présumés avec la Russie en 2016, ni son refus de lui prêter allégeance après son élection. Cette volonté de satisfaire Trump est d’autant plus manifeste que l’actuel ministre de la Justice, Todd Blanche, occupe son poste par intérim après le départ de Pam Bondi, jugée insuffisamment offensive par Trump. Ce statut lui permet à la fois d’échapper à une confirmation par le Sénat et de démontrer sa loyauté dans l’espoir d’être confirmé.
Pressions sur la Fed et les médias
Cette logique de fidélité personnelle se retrouve également chez Jeanine Pirro, procureure de Washington DC, ancienne figure de Fox News et proche de Trump. Elle a évoqué la possibilité de relancer des poursuites contre Jerome Powell, pourtant jugées infondées par le ministère de la Justice. Là encore, l’objectif semble être d’apaiser Trump, qui reproche depuis longtemps au patron de la Réserve fédérale de ne pas avoir abaissé les taux d’intérêt selon ses souhaits, au mépris de l’indépendance de l’institution.
Quant à Jimmy Kimmel, son ton irrévérencieux lui vaut des attaques répétées de la part de Trump. Plus préoccupant encore, le directeur de la FCC (l’équivalent américain de l’Arcom) a menacé de ne pas renouveler la licence de la chaîne ABC sur laquelle officie l’humoriste. Le prétexte : une plaisanterie, interprétée de manière très contestable comme un appel au meurtre, et instrumentalisée par Trump après la tentative d’assassinat dont il a été la cible, bien qu’elle ait été prononcée plusieurs jours auparavant.
Une stratégie d’intimidation politique
Dans ces trois cas, les chances de succès juridique sont faibles. Mais l’enjeu dépasse largement le cadre du droit. Au-delà de la volonté de s’attirer les bonnes grâces de Trump par une loyauté affichée, ces procédures visent à épuiser ses adversaires, en multipliant les actions judiciaires coûteuses en temps et en ressources. Elles contribuent également à installer un climat de peur, dissuadant d’éventuels contradicteurs. Une stratégie qui semble déjà produire ses effets, y compris dans certains médias ou au sein du Parti républicain.
Pour Trump, l’État se confond avec sa personne : la justice et les institutions doivent être à son service. Ses opposants deviennent alors des ennemis à neutraliser, soumis à la pression d’un appareil mobilisé par des fidèles soucieux de conserver leurs positions auprès d’un dirigeant pour qui toute forme d’indépendance constitue une menace à éliminer.



