Léon XIV, Rubio, Meloni : mésententes cordiales
Reçu successivement par Léon XIV et Giorgia Meloni, Marco Rubio est venu à Rome tenter d’apaiser des relations fragilisées par Donald Trump. Derrière la cordialité diplomatique et les sourires de circonstance, les lignes de fracture restent profondes.
« Ni idylle ni marche arrière ». Qu’il s’agisse du Liban, de Cuba, du détroit d’Ormuz, ou encore de l’intelligence artificielle, tel pourrait être le bilan — modeste — des deux journées passées à Rome, les 7 et 8 mai, par le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Mais ses 45 minutes dans la bibliothèque de Léon XIV, puis son heure et demie au Palazzo Chigi avec Giorgia Meloni, au cours desquelles tous deux ont réaffirmé leur engagement commun en faveur de la paix, auront sans nul doute permis d’éviter de nouvelles déchirures. Avec un motif de satisfaction personnelle pour Donald Trump : la certitude de pouvoir désormais aborder les six prochains mois de campagne électorale sans avoir à subir le poids d’un anathème du Vatican dans sa quête pour remobiliser les 55 % de catholiques américains qui ont voté pour lui en 2024.
Le premier pape américain et la présidente du Conseil ont donc échangé avec Marco Rubio sur le Liban, la Libye, l’Iran, Cuba ou encore le rôle de Rome au Proche-Orient. Ils se sont offert plusieurs cadeaux, dont un stylo en bois d’olivier pour le pape et l’arbre généalogique retraçant les origines italiennes du secrétaire d’État américain.
Des divergences persistantes sur les dossiers sensibles
Même si les discussions ont confirmé des divergences politiques évidentes avec les positions de Donald Trump, le simple fait de s’être retrouvés pour ces vacances romaines institutionnelles de mai 2026 pourrait bien séduire les opinions publiques américaine et italienne.
À en croire les commentaires qui circulent, Le pape Léon XIV s’est montré fidèle à lui-même : prudent, mesuré, élégant, évitant tout propos dépassant le cadre de sa charge. Giorgia Meloni, vêtue de blanc, plus agitée et fatiguée qu’à l’accoutumée — la défaite du référendum continue manifestement de lui peser —, a accueilli Marco Rubio à 11 heures précises avec deux baisers sur la joue et un sobre « How are you ? ». L’intéressé a pleinement joué son rôle de décideur américain, sans jamais faire allusion à son passé d’immigré cubain arrivé clandestinement aux États-Unis dans un coffre à bagages. Il n’a d’ailleurs pas hésité à confirmer la ligne trumpienne de reconquête de son île natale. Et s’il s’est montré disposé à discuter du Liban, de la Libye, du détroit d’Ormuz ou encore de l’Ukraine, il a tenu à préciser au terme de l’entretien : « Nous n’avons parlé ni d’un retrait de l’OTAN ni du rapatriement des soldats américains présents dans les bases italiennes. » Une précision accueillie avec soulagement du côté italien, où certaines inquiétudes étaient apparues après l’annonce par Trump d’une réduction de 5 000 militaires américains en Allemagne.
S’il fallait attribuer un prix à l’un des trois acteurs de ces vacances romaines — Meloni, Rubio ou Léon XIV —, c’est ce dernier qui l’emporterait. Invité à célébrer la fête de l’Indépendance le 4 juillet à Washington, il vient d’annoncer qu’il s’était déjà engagé à visiter ce jour-là l’île de Lampedusa, dite « l’île des immigrés », au sud de l’Italie.



