Mairies RN : le vernis craque déjà
À peine installés dans plusieurs mairies, certains élus RN accumulent les provocations et les décisions qui interrogent la « normalisation » revendiquée par le parti. Des épisodes qui révèlent une même matrice politique, fidèle aux fondamentaux historiques du RN.
Six semaines se sont écoulées depuis les élections municipales. Dans les nouvelles mairies conquises par le RN, ceux qui croyaient à la normalisation de la formation d’extrême droite en sont déjà pour leurs frais : les provocations se multiplient. Impossible d’en dresser un inventaire exhaustif malgré les consignes de dédiabolisation imposées par la direction du parti. Quatre exemples récents et locaux suffisent à rappeler certains fondamentaux du FN 2.0 qu’est le RN.
Le symbole de Liévin
Le nouveau maire nationaliste de Liévin, Dany Paiva, 30 ans, a rappelé à qui voulait l’entendre son hostilité envers les conquêtes ouvrières et le mouvement syndical. Le 1er mai, il supprimait ainsi la cérémonie d’hommage aux mineurs victimes du coup de grisou de 1974, qui avait fait 42 morts, avant de reculer face au tollé provoqué par cette décision. Justifiant initialement ce choix par l’interdiction faite aux syndicats de « faire de la politique », il est finalement revenu sur sa décision tout en supprimant la cérémonie organisée à l’hôtel de ville avec les organisations syndicales.
Révisionniste sur le plan historique, le RN nouvelle formule rappelle ainsi son inclination naturelle pour les milieux patronaux, à l’image des dîners organisés avec les représentants du Medef, bien loin des milieux populaires et ouvriers dont une partie vote pourtant désormais pour lui.
Polémiques lors des cérémonies du 8 mai
Le 8 mai, lors des cérémonies célébrant la capitulation de l’Allemagne nazie, les habitants de Carpentras ont eu la surprise d’entendre résonner dans les haut-parleurs municipaux « Maréchal, nous voilà ». Non pour saluer l’ancienne députée du Vaucluse, admiratrice de Charles Maurras, mais bien à la suite d’un incident pour le moins embarrassant.
Dans une explication abracadabrantesque, le maire RN Hervé de Lépinau a rejeté la faute sur ses opposants et sur l’exploitation « politique » de cette mélodie diffusée à contretemps. Un retour aux sources pour une formation dont Jean-Marie Le Pen éditait autrefois des chants collaborationnistes afin d’installer durablement sa PME politique dans le paysage de l’extrême droite européenne.
Une cérémonie décidément bien entachée, qui fait écho à d’autres incidents survenus à La Flèche, dans la Sarthe. Dans cette commune remportée d’extrême justesse par le RN, une partie des opposants municipaux, dont l’ancien maire, n’a pu assister à tout ou partie de la cérémonie républicaine. Comme un avant-goût de « révolution nationale », mêlant humiliation symbolique et mise à l’écart des opposants.
Ambiance MAGA à Carcassonne
Marine Le Pen a raison sur un point : la loi n’impose nullement de faire flotter le drapeau européen sur les mairies, en dehors du 9 mai, journée de l’Europe. Pas davantage qu’elle n’oblige l’Union à verser les 3,4 millions d’euros de subventions européennes perçues par la cité médiévale ou les 300 000 euros touchés personnellement par le maire agriculteur au titre de la PAC…
Le nouveau maire RN, Christophe Barthès, ne s’en est donc pas privé avec une entrée en fonction tonitruante. Entre arrêté anti-mendicité inspiré des méthodes de son mentor américain, suspension des subventions et des moyens accordés à la Ligue des droits de l’homme, dénonciation des médias locaux, suppression de places de stationnement pour les journalistes dans l’exercice de leur métier et autres vexations symboliques, le nouvel édile s’est forgé un style oscillant entre Donald Trump et Javier Milei, remplaçant le « afuera » argentin par un sobre « c’est terminé ».
Là encore, difficile d’y voir une volonté de banalisation institutionnelle ou d’atténuation du discours de rupture historiquement porté par le Front national. Mais au-delà des symboles alimentant le récit nationaliste et populaire, l’Union européenne demeure aujourd’hui la cible principale des rancœurs de l’extrême droite française, comme nous l’écrivions déjà à l’occasion du rassemblement de Milan réunissant plusieurs formations nationalistes européennes — autrichienne, italienne, espagnole ou portugaise notamment.
En laissant planer l’idée d’un référendum sur la préférence nationale parallèlement à d’éventuelles élections législatives anticipées après une victoire présidentielle, la direction bicéphale du RN rappelle le caractère profondément anticonstitutionnel de son programme, en contradiction avec les principes républicains comme avec les acquis du droit européen.
Ces premiers pas municipaux ne doivent donc pas être considérés comme de simples dérapages, à l’image des candidats racistes ou antisémites régulièrement révélés au sein du parti. Ils apparaissent plutôt comme des laboratoires politiques illustrant ce que demeure l’extrême droite française : une formation révisionniste sur le plan historique, trumpiste sur le plan culturel et sociétal, et dont l’objectif reste la remise en cause de l’Union européenne comme garante des droits, de la paix et du respect du droit international face à la toute-puissance des nations.



