Hollande-Philippe : la pomme de discorde

par Valérie Lecasble |  publié le 12/05/2026

Contre le RN, ils sont tous deux à la recherche d’une coalition d’électeurs qui irait de la gauche républicaine à l’ex-bloc central. Mais ils l’envisagent différemment. Au cœur de leurs divergences : la réforme du modèle social et des retraites.

Édouard Philippe et François Hollande lors du « Grand Débat des Gracques », le 11 avril 2026 à Paris. (montage photo. Photos : Ian LANGSDON / AFP)

Ce n’est pas un hasard : François Hollande a trop d’expérience politique pour ne pas avoir programmé à dessein une émission de télévision quelques heures avant le discours d’Édouard Philippe, le présidentiable qui fait la course en tête face au RN. Ainsi, Hollande était-il l’invité, dimanche 10 mai à midi, de Francis Letellier dans Dimanche politique sur France 3. Il y a dit que le prochain président de la République pourrait être de gauche à la condition qu’il élargisse son électorat aux Français déçus d’Emmanuel Macron et à ceux qui s’inquiètent de la dérive droitière des dirigeants du centre. Pour gagner, a-t-il martelé, c’est à eux qu’il faudra s’adresser.

Une bataille pour le bloc central

Le souci est qu’en 2027, pour choisir le candidat capable de battre le Rassemblement national, il n’y aura qu’un seul tour, le premier. Et que, dans les sondages, Édouard Philippe est aujourd’hui de loin le mieux placé, au point que les sondeurs estiment que 35 % des sympathisants socialistes pourraient voter pour lui.

À un an de la présidentielle, on voit se dessiner les contours d’une future coalition électorale qui irait de la gauche républicaine à une large partie de l’ex-bloc central. Dans cet univers, les présidentiables s’appellent Édouard Philippe mais aussi Raphaël Glucksmann – qui peut, selon les sondeurs, attirer 35 % des électeurs du centre –, François Hollande, Gabriel Attal ou Bernard Cazeneuve. Le LR Bruno Retailleau serait trop à droite pour y figurer.

Modèle social et retraites au cœur du clivage

Comment les départager ? Dans son long discours, Édouard Philippe a édicté un principe essentiel pour la campagne de 2027 : « la vérité ». En son nom, il « s’opposera aux mensonges » électoralistes. De quoi parle-t-il ? Des deux thèmes principaux au cœur de son programme : la réforme du modèle social français et celle des retraites. Sur ces deux sujets, il assène ses convictions. « Nous nous mentons, dit-il, lorsque nous pensons qu’il serait juste de défendre l’actuel modèle social alors qu’il fait peser sur des jeunes actifs de moins en moins nombreux le poids des dépenses sociales de plus en plus lourdes. » « Nous nous mentons, poursuit-il, quand nous faisons mine de croire qu’il est logique de déplorer la baisse de notre pouvoir d’achat, tout en refusant d’envisager de travailler collectivement un peu plus et un peu plus longtemps. »

Traduction : il taillera dans les dépenses sociales pour rétablir l’équilibre du modèle social et il augmentera la durée du travail, d’abord en reculant l’âge de la retraite. C’est, dit-il, le prix à payer pour conforter les actifs et rendre du pouvoir d’achat aux Français. Il propose en réalité une politique clairement ancrée à droite, qui diverge des propositions moins radicales de la gauche sur ces sujets. Pour réformer le modèle social, François Hollande assortit la réduction des dépenses d’une hausse des impôts, et il préfère la retraite à points au recul de l’âge de la retraite.

La confrontation d’un côté, la conciliation de l’autre : entre les deux candidats potentiels à la présidentielle, la méthode diverge. Ce qui était déjà apparu au mois d’avril, lors du débat Philippe-Hollande devant les Gracques.

Pour séduire l’électorat de la gauche et de la droite modérée, afin d’empêcher Jean-Luc Mélenchon de figurer au second tour puis Jordan Bardella d’emporter la présidentielle, Édouard Philippe veut frapper fort, tandis que François Hollande ménage l’attachement des Français à leurs acquis sociaux. L’ex-président parie que le programme d’Édouard Philippe inquiétera les électeurs ; l’ex-Premier ministre estime qu’ils attendent un langage de vérité. De toute évidence, les Français n’ont pas tranché.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique