Les trois défis d’Édouard Philippe
L’ancien Premier ministre doit relever trois défis : rester favori pendant encore un an, séduire sur sa droite sans perdre sur sa gauche et, surtout… avancer masqué.
Édouard Philippe a donc lancé sa campagne dimanche en réunissant ses cadres. À cette occasion, il a rappelé qu’il était toujours là (on ne l’avait pas entendu depuis sa victoire au Havre aux municipales) et il a donné le la de sa campagne : « Je viens de la droite, je sais où je suis », a-t-il assuré, tout en opposant un non clair et massif (adjectif qu’il affectionne) à tout clin d’œil au Rassemblement national. Un grand meeting est prévu à Paris le 5 juillet, après que la plupart de ses concurrents – Gabriel Attal, Bruno Retailleau… – auront tenu le leur.
Pour l’instant, le Havrais est toujours favori. Même s’il a perdu quelques points, il reste le mieux placé à droite dans les intentions de vote pour la présidentielle. Au second tour, il semble être le seul à pouvoir battre Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Mais cela fait déjà longtemps qu’il est considéré comme le mieux armé : il peut lasser. Le statut de favori un an avant l’élection a déjà joué des tours à de nombreux candidats, comme Édouard Balladur et Alain Juppé. Philippe saura-t-il conjurer le sort ? « P… encore un an », disaient les Guignols. C’est le premier défi à relever.
Élargir sans se renier
Le deuxième défi est de concilier sa gauche et sa droite. L’erreur serait de jouer le second tour avant le premier. Pour l’heure, Philippe ne la commet pas. Il a tenu à rassurer son électorat de droite en assumant son positionnement, clamé haut et fort à la surprise générale lorsqu’il est entré à Matignon en 2017 : « Je suis de droite », avait-il affirmé quand venait pourtant de triompher le « en même temps » macroniste.
Mais il n’oublie pas le second tour. En pourfendant les contradictions du Rassemblement national, en lui réservant ses formules les plus acerbes, il se pose en champion de l’éventuel front républicain qui se formerait s’il était qualifié pour affronter l’extrême droite. Il aurait alors besoin d’une partie de la gauche pour l’emporter. Le scénario est déjà dans toutes les têtes. Certains socialistes évoquent déjà la possible nécessité de voter utile dès le premier tour pour Édouard Philippe. On n’en est pas là, mais le Havrais doit trouver le bon équilibre entre deux exigences : ramener l’électorat de Retailleau sans antagoniser la gauche réformiste.
Avancer masqué sur le programme
Troisième défi : avancer masqué. Voilà des mois qu’il a annoncé un programme « massif ». On ne sait toujours pas en quoi il consiste. On l’a entendu proposer un choc de compétitivité aux entreprises en allégeant de 50 milliards d’euros leurs impôts de production contre une baisse identique des aides publiques. Et il promet l’intransigeance la plus totale sur le narcotrafic ou les relations avec l’Algérie. Du bout des lèvres, il a aussi concédé qu’il faudrait « travailler un petit peu plus longtemps ». Pour le reste, mystère…
On comprend bien pourquoi il recule le moment de vérité. Pour cet homme qui veut remettre de l’ordre dans les comptes, il n’y a pas de miracle. Redresser le budget, diminuer la dette, réformer les retraites, tout cela va avoir un coût. Qui paiera ? On imagine que les retraités ne seront pas épargnés, comme d’autres contribuables. Même si tout cela est enrobé dans un plan optimiste, tourné vers plus de production, il y aura des mécontents.
Son style permettra-t-il de surmonter les inconvénients d’un programme courageux ? Édouard Philippe n’aime pas la politique spectacle. Il ne prend pas les citoyens par les sentiments mais fait appel à leur raison. « Il est plus important de dire ce que l’on veut faire pour le pays que de montrer de jolies photos de famille. J’ai l’ambition, dans cette campagne, d’être moi-même. » Un pari honorable mais pas forcément gagnant.
S’il surmonte ces obstacles, il devra encore rallier à lui les autres candidats de droite dans de bonnes conditions. Chacun, la main sur le cœur, promet l’unité à l’arrivée. Mais ces longs mois passés à se différencier laisseront des traces. C’est l’ultime défi.



