Trump ou l’art de se statufier
Le goût du président milliardaire pour l’autopromotion gênante s’aggrave chaque semaine. À Washington et Mar-a-Lago, il s’emploie sans discontinuer à mettre en scène sa propre grandeur. Dernière illustration en date : une statue dorée érigée à sa gloire.
Une statue dorée de Donald Trump trône désormais dans son club de golf de Miami depuis le 6 mai. Représenté avec des proportions particulièrement flatteuses, le président y apparaît le poing levé, symbole supposé de sa combativité. Puisque la référence au veau d’or ne semble émouvoir qu’une partie de l’opinion, la statue a même été bénie par des pasteurs évangéliques, dans un mélange des genres confinant ici au blasphème pur et simple.
Pour assister à cette cérémonie, ces pasteurs ont sans doute atterri dans un aéroport de Palm Beach récemment rebaptisé « Donald Trump International Airport ». Et s’ils ont acheté quelques souvenirs dans les boutiques de l’aéroport, ils l’auront fait auprès de commerces désormais agréés par l’entourage trumpien.
Narcissisme et dérive du pouvoir
La mégalomanie d’un homme, la corruption de son administration et le cynisme politique de ses alliés apparaissent une nouvelle fois en pleine lumière. L’épisode peut sembler anodin dans la succession incessante de scandales qui jalonnent la présidence Trump, mais la mégalomanie décomplexée du personnage a des conséquences très concrètes sur sa capacité à gérer les crises du moment : par narcissisme, Trump paraît moins rechercher une issue favorable — voire une victoire — face à l’Iran que la mise en scène de ce succès au service de sa propre image. Il reste persuadé que ses rodomontades quotidiennes projettent une image de force, alors qu’elles révèlent surtout ses faiblesses, habilement exploitées par le régime iranien (aussi détestable soit-il), parfaitement conscient de sa psychologie.
La corruption du régime imprègne également son approche des affaires internationales. Pour beaucoup, la guerre apparaît désormais comme une gigantesque entreprise d’enrichissement personnel. Les annonces intempestives de Trump ne sont plus prises au sérieux, non seulement en raison de son impréparation, mais aussi parce qu’elles sont perçues comme des tentatives de manipulation des marchés financiers. Cette situation conduit à une démonétisation sans précédent de la parole américaine, à un moment où celle-ci devrait pourtant être essentielle.
Soutiens évangéliques et isolement politique
Quant au cynisme des soutiens du président, il ne fait qu’aggraver encore son narcissisme. Convaincu de sa propre supériorité intellectuelle, Trump estime ne pas avoir besoin d’écouter les experts, progressivement remplacés par des flatteurs dociles et souvent incompétents. Ceux-ci bénissent — parfois littéralement, comme les pasteurs évangéliques — chacune de ses décisions et chacun de ses revirements, sans jamais le contredire ni même tenter de l’éclairer.
Cette statue dorée ne résume donc pas seulement la tartufferie d’une partie du mouvement évangélique ou la crédulité de certains électeurs convaincus qu’il défendrait leurs intérêts, alors qu’il semble avant tout préoccupé par lui-même. Elle symbolise plus largement la dérive des États-Unis vers une forme de république bananière dirigée par un mégalomane dont la mythomanie fragilise la crédibilité du pays et contribue à accroître l’instabilité du monde. Le général de Gaulle disait des Français, au lendemain de l’armistice de 1940, qu’ils étaient « des veaux » … Près d’un siècle plus tard, des millions Américains célèbrent en Donald Trump un génie providentiel et un sauveur, allant jusqu’à l’idolâtrer, alors même qu’il entraîne son pays — et peut-être le monde — vers l’abîme. D’aucuns y verraient une régression anthropologique.



