Inde : le rouleau compresseur Modi

par Régis Poulain |  publié le 12/05/2026

Lors des élections locales du 4 mai, le BJP du Premier ministre Narendra Modi a enregistré une victoire qui traduit la polarisation toujours plus forte de la société indienne.

Suvendu Adhikari (à droite), le nouveau ministre en chef du Bengale-Occidental, salue Narendra Modi après sa prestation de serment lors de sa cérémonie d'investiture à Calcutta, en Inde, le 9 mai 2026. (Photo Debajyoti Chakraborty / NurPhoto via AFP)

Les électeurs étaient appelés aux urnes dans trois États indiens ce mois-ci. Les scrutins locaux se déroulant indépendamment des élections nationales, le pays vit dans un climat de campagne électorale quasi permanent. S’il reste parfois difficile de tirer des enseignements nationaux des renouvellements des assemblées des 28 États de la fédération, les élections organisées cette année au Bengale-Occidental constituent en revanche un signal politique particulièrement clair.

Le Bengale-Occidental bascule à droite

Cet État frontalier du Bangladesh, peuplé de plus de 100 millions d’habitants, représentait jusqu’ici un bastion de l’opposition dirigé par le Trinamool Congress (TMC) de la charismatique Mamata Banerjee depuis 2011. Élue à l’époque en dénonçant les dérives de trente années de pouvoir communiste, elle a néanmoins reproduit une partie des pratiques qu’elle combattait : corruption, intimidation d’opposants et pressions sur les journalistes.

Son ancien bras droit, Suvendu Adhikari, l’a quittée en 2021 pour rejoindre le BJP de Narendra Modi, emportant avec lui ses réseaux et un solide appareil d’organisation.

Surnommée la « déesse du feu », Mamata Banerjee a immédiatement contesté la régularité du scrutin, provoquant des violences post-électorales qui ont déjà fait plusieurs morts.

Cette victoire du BJP a notamment été facilitée par une vaste opération administrative : la Commission électorale indienne a radié près de neuf millions de citoyens des listes électorales — soit environ 12 % du corps électoral — au nom de la lutte contre l’immigration illégale. Ces suppressions ont principalement touché des électeurs musulmans, traditionnellement hostiles au parti de Modi.

Une domination nationale du BJP

Le BJP fonde en effet une large partie de son discours politique sur le rejet de ceux qu’il désigne comme des « envahisseurs ». Gouverneur du Gujarat avant son arrivée au pouvoir, Modi avait déjà été accusé d’avoir laissé prospérer des pogroms antimusulmans, ce qui lui valut le surnom de « boucher du Gujarat ». Depuis son accession au pouvoir fédéral en 2014, sa rhétorique autoritaire et xénophobe ne s’est pas atténuée ; elle continue même de séduire une partie croissante de l’électorat.

Le fait que le BJP ait remporté 207 sièges sur 270 dans l’assemblée du Bengale-Occidental — contre seulement 77 lors de la précédente législature — montre qu’aucun État de la fédération, même doté d’une forte identité régionale, ne semble désormais à l’abri de la poussée nationaliste hindoue.

Dans le sud-ouest du pays, le Kerala, longtemps bastion communiste, a lui aussi basculé au profit du parti du Congrès, héritier de Nehru et Gandhi. Mais cette victoire demeure marginale face à la domination du BJP, qui gouverne désormais 21 États sur 28, en plus du pouvoir fédéral. Près d’un milliard d’Indiens vivent aujourd’hui sous administration de ce parti hindouiste, parmi lesquels environ 155 millions de musulmans — soit presque autant que la population entière du Bangladesh.

Régis Poulain