Contre Glucksmann, l’air de la calomnie
Dans le but de le discréditer pour centrisme, on reproche au leader de Place Publique une note interne qu’il a désavouée hautement. Reproche mensonger doublé d’un contresens politique…
Procès en sorcellerie pour Raphaël Glucksmann. Comme tout candidat à l’élection présidentielle, il a tenté de mieux comprendre, auprès des sondeurs et des analystes, ses forces et ses faiblesses électorales. Dans une note interne qui a fuité, un conseiller en stratégie a dressé le portrait de ses soutiens dans la population : un électorat d’âge moyen, urbain et diplômé. Trop zélé, le même sondeur a identifié en corollaire les électeurs plus difficiles à toucher pour Glucksmann — les jeunes et les classes populaires. Ceux-là demanderont dans un premier temps beaucoup d’efforts, et l’analyste les gratifie de cette mention maladroite : « à éviter ».
Une note interne au cœur de la polémique
Aussitôt, la fanfare de la calomnie LFI se met en mouvement : vade retro Glucksmann, candidat bourgeois et macroniste, qui préparerait une alliance au centre ! Le leader de Place Publique explique aussitôt qu’il s’agit d’une note parmi d’autres, qu’il l’a immédiatement récusée et qu’il compte, au cours de sa campagne, s’adresser à tous les Français, non à telle ou telle catégorie. Aucune importance pour les perroquets mélenchonistes : la note existe, donc Glucksmann est coupable, l’aurait-il désavouée et dirait-il le contraire sur tous les tons.
Le réquisitoire est d’autant plus savoureux que les accusateurs sont des spécialistes en segmentation de l’électorat, qui pratiquent en l’espèce la méthode de la paille et de la poutre : ils voient la paille chez Glucksmann et ignorent la poutre chez eux. Tous les commentateurs de bonne foi ont rappelé que Mélenchon lui-même, enregistré en conversation avec un de ses partisans, dit tout net à propos de l’électorat ouvrier classique parti vers le RN : « Laisse tomber, c’est une perte de temps ». Tandis qu’un de ses sbires, Paul Vannier, explique benoîtement que si LFI fait campagne pour Gaza bombardée, c’est dans le but de fédérer des groupes différents : des militants du droit international, des jeunes révoltés par le massacre, les habitants des quartiers populaires (sous-entendu, d’origine immigrée) émus par le sort de Gaza, des militants du droit international, etc. Un précis de marketing politique à l’usage du LFIste de base… Vérité du côté de la gauche radicale, erreur au-delà.
La recomposition électorale en question
L’affaire devient intéressante quand on décrypte ses soubassements politiques. On reproche à Glucksmann de ne pas séduire l’électorat populaire. En fait, la critique vaut pour la gauche en général, qu’elle soit radicale ou réformiste : toutes les études le confirment, bien au-delà de celles de Place Publique. Par un réflexe paresseux et daté, on en déduit qu’il faut, pour retrouver l’électorat ouvrier et employé perdu, proposer des programmes plus à gauche. Est-ce si sûr ? Si tel était le cas, les ouvriers et les employés voteraient massivement pour LFI. Or les mélenchonistes ne séduisent qu’une partie des classes populaires, sur une base communautaire plus que sociale : c’est la clé de leur campagne permanente pour la Palestine.
Car le vrai problème est là : les classes défavorisées en colère tendent à voter, non pour les formations les plus à gauche mais pour les plus à droite et, le plus souvent, pour le RN. Quant aux électeurs de centre-gauche autrefois acquis au PS, ils n’ont pas non plus basculé vers la gauche, mais vers le centre-droit macroniste, ce que les études d’opinion ne font que confirmer. Comment les rallier de nouveau ? Voilà ce qu’on devrait se demander, plutôt que d’instruire éternellement le procès en trahison qui sert de mantra à la gauche radicale.



