Ebola et hantavirus : deux virus, deux mesures
Deux épidémies frappent la planète : le hantavirus et la fièvre Ebola, tous deux dangereux par leur létalité. Mais dans le monde occidental, l’un est beaucoup plus égal que l’autre…
On ne pourra pas reprocher à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) d’avoir sous-estimé les risques liés au hantavirus. Vieux souvenirs de la guerre de Corée et tourisme de croisière obligent. Apparu lors d’une croisière avec escale à proximité d’Ushuaïa, l’étrange virus a été rapidement identifié comme relevant de la famille des hantavirus, alors qu’il n’avait pas occupé la scène sanitaire mondiale depuis longtemps. Au-delà de l’alerte médicale, ce qui frappe surtout est l’ampleur de la mobilisation politique et médiatique autour de cette affaire.
Une alerte sanitaire aux enjeux économiques
La maladie est grave, quoique moins létale qu’Ebola, mais elle ne concernait au départ qu’un nombre limité de personnes. Le contexte sanitaire d’un navire de croisière restait certes imparfait, mais le confinement de l’épidémie à l’intérieur du bateau était une forme d’isolement. Pourtant, l’émotion et les commentaires — plus ou moins éclairés — ont été considérables. On comprend pourquoi. Il s’agissait d’un navire battant pavillon européen transportant principalement des touristes occidentaux : l’enjeu économique était majeur pour les compagnies de croisière, pour les opérateurs touristiques, mais aussi pour le pays soupçonné d’être à l’origine de l’infection, en l’occurrence l’Argentine.
Progressant lentement vers les côtes occidentales, le navire pouvait devenir le vecteur d’une nouvelle pandémie frappant l’Europe à la manière du Covid. Les mesures prises par l’OMS et les autorités sanitaires — débarquement progressif des malades les plus atteints, mise en quarantaine des cas suspects et de l’équipage — ont jusqu’à présent démenti ce scénario.
Mais l’alerte économique et psychologique a été aussi forte que l’alerte sanitaire elle-même. Quant à l’Argentine, soucieuse de préserver l’image touristique de son Grand Sud, elle a missionné des équipes scientifiques chargées d’identifier précisément l’origine du « cas zéro » et, si possible, de démontrer que la contamination ne provient ni d’Ushuaïa ni de la Terre de Feu, mais d’autres régions aux enjeux touristiques moins sensibles.
Ebola, si loin dans la forêt congolaise
Rien de tel avec Ebola. Comme si, dans une partie de l’opinion occidentale, les épidémies faisaient l’ordinaire du continent africain. On peut même soupçonner l’alerte de l’OMS d’avoir été déclenchée tardivement, tant les capacités d’observation et de transmission des données sanitaires restent fragiles dans ces régions. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général éthiopien de l’OMS, connaît parfaitement les réalités africaines. Mais tout laisse penser que l’alerte aurait dû être lancée plusieurs semaines plus tôt et que, durant ce délai, le virus a déjà largement circulé.
L’OMS a communiqué activement ces derniers jours pour alerter l’opinion internationale non seulement sur la gravité de l’épidémie — près de 200 morts seraient déjà recensés, alors qu’Ebola en a provoqué plus de 15 000 ces cinquante dernières années — mais surtout sur la vitesse de sa propagation.
Le principal foyer épidémique se situe dans la région de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, à proximité du Kivu, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Des cas, sinon déjà des décès, auraient été signalés à Goma, mais aussi en Ouganda et au Soudan du Sud.
Riche en ressources aurifères, cette région subit d’importants mouvements de population difficilement compatibles avec les mesures d’isolement qu’exigerait l’épidémie. Les conditions sanitaires y demeurent extrêmement précaires malgré l’action de nombreuses ONG. Aux drames déjà endurés par cette partie de la RDC — guerre, déplacements de populations, présence des rebelles armés du M23 soutenus par le Rwanda, lui-même exposé au risque de contamination — s’ajoute une crise sanitaire potentiellement dévastatrice. Reste à savoir si les appels lancés par le directeur général de l’OMS seront entendus en Europe et ailleurs, tant les besoins humanitaires et sanitaires y sont immenses. Aux yeux de beaucoup, la RDC est bien loin… À moins que la vigilance soit soudain fouettée par les flux migratoires – souvent clandestins – qui relient le continent africain à Mayotte. Un département français…



