Le malade imaginé
En adaptant et jouant seul sur scène la pièce de Daniel Pennac, Ancien malade des hôpitaux de Paris, Olivier Saladin montre l’étendue de sa palette comique.
Ce seul en scène pourrait être lugubre : il est hilarant. Mieux, ces mésaventures d’un patient qui passe de mains en mains plus ou moins expertes dans un CHU de province sont dotées d’un happy end. On connaît bien Olivier Saladin. Membre actif des Deschiens, entouré de ses vieux copains accros au Gibolin, il a brillé tout l’hiver dans Art, la pièce culte de Yasmina Reza. Le voici qui enchaîne, avec Ancien malade des hôpitaux de Paris, un texte signé Daniel Pennac, dont le brio et l’humour noir ne sont plus à démontrer.
Une nuit d’errance médicale au CHU
De quoi s’agit-il ? D’une rocambolesque histoire de carabins qui serait arrivée en 1996 au docteur Gérard Galvan (Saladin, impayable). Ce soir-là, cet urgentiste est de garde. Chez les Galvan, on est médecin de père en fils « depuis Molière », on travaille 80 heures par semaine : « une vie sans vie », résume-t-il. Un dimanche d’avril débarque un homme qui se plaint de troubles gastriques. Le grand cirque commence : Galvan contacte l’urologue de l’établissement qui, lui, soupçonne un pneumothorax, diagnostic immédiatement démenti par le pneumologue qui croit déceler une crise d’épilepsie, dont le neurologue dépêché en catastrophe nie l’existence, préférant plaider doctement pour un tétanos aigu.
À la question « De quoi se plaint le patient, au juste ? », Galvan, déboussolé, humilié par cette meute de pontes, réplique, honnête : « Depuis des heures, il me dit : “Je ne me sens pas très bien.” C’est un malade qui n’a pas beaucoup de conversation ! » Notre urgentiste dévoué ne quitte donc pas d’un pouce son cher alité, traînant son brancard de service en service tout en jouant, avec une agilité rare, tous les rôles : les infirmières, le patient et les médecins.
Un mystère au cœur de la comédie
Il est deux heures du matin et nous en sommes – il faut suivre – au quatrième spécialiste. Cette fois, c’est la cardiologue qui intervient pour repérer une inquiétante tachycardie. On opère, on soigne, on resoigne, on re-resoigne le malheureux et, au matin, un grand débrief est programmé. Un célèbre professeur réunit le cénacle afin d’examiner une dernière fois ce cas d’école, cet individu pénible dont tout le monde ignore même le nom. Or l’inconnu, pourtant veillé toute la nuit par Galvan, a tout bonnement disparu. Ni en radiologie, ni en salle de repos, ni dans sa chambre : ce phénomène s’est évaporé.
De ce mystère (qui sera résolu dans une bouffée d’euphorie), nous ne révélerons rien. Sinon qu’Olivier Saladin et Daniel Pennac se sont trouvés. En chorégraphiant un ballet de blouses blanches péremptoires, en transformant nos angoisses existentielles en fou rire salvateur, ils nous offrent une séance de thérapie de groupe… dans un fauteuil !



