Ces nationalistes qui trahissent la nation

par Laurent Joffrin |  publié le 29/05/2026

Étonnante, cette manie qu’ont les excellences d’extrême droite, qui ne cessent de se présenter comme des patriotes, de dénigrer sans cesse leur patrie et de promouvoir ses ennemis.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Plusieurs enquêtes viennent de détailler sa personnalité et son itinéraire : la « spécialiste de la Russie » Xenia Fedorova, que l’on voit et que l’on entend sur les médias du groupe Bolloré, est en fait une agente d’influence russe. Ancienne directrice de RT France, chaîne interdite d’antenne en Europe pour cause de poutinisme galopant, elle reprend pour ainsi dire mot à mot les éléments de langage de la propagande russe pour les resservir à chaque intervention audiovisuelle.

Influence russe et médias français

Ainsi Vincent Bolloré, dont elle est de toute évidence la protégée, assure l’audience d’une jeune femme sans expertise reconnue, soi-disant journaliste qui n’a pas de carte de presse et dont le seul mérite est de faire entendre la voix de Poutine sur les ondes nationales. C’est-à-dire d’affaiblir la diplomatie française qui s’efforce de soutenir l’Ukraine dans sa défense contre l’agression russe, comme le font les démocraties européennes. Bolloré se dit patriote. Mais dans le conflit qui menace l’Europe – et donc la France –, il soutient l’ennemi.

L’extrême droite face à Moscou et Washington

Curieusement, c’est une habitude à l’extrême droite. Avant même le début du conflit, alors que Poutine ne cachait pas son aversion pour les régimes de l’Union européenne, Éric Zemmour et Marine Le Pen confessaient volontiers leur admiration pour le dirigeant russe, qui était à leurs yeux un rempart contre la « décadence occidentale ». Au Parlement européen, les députés du Rassemblement national, à l’inverse des positions françaises, ont régulièrement voté contre les résolutions dénonçant l’agression russe ou soutenant l’Ukraine. Il est vrai qu’à les entendre, ce n’est pas la Russie qui menace l’Europe ; c’est l’Europe qui menace la France.

Cette propension à trahir les intérêts du pays se retrouve tout autant quand il s’agit des rapports avec les États-Unis. Donald Trump ne cesse de critiquer la France, d’insulter son président, de nuire à ses intérêts commerciaux ou économiques. Mais quand on interroge Jordan Bardella à son propos, le président du Rassemblement national ne trouve rien d’autre à dire que cette phrase lénifiante : « Où va-t-il trouver toute cette énergie ? » On ne sait en effet où il la trouve, mais on voit à quoi il l’emploie : à affaiblir la France dont Bardella se proclame le meilleur défenseur.

Sans franchir un quelconque point Godwin, on remarquera que l’extrême droite, dans les années trente par exemple, avait déjà donné l’exemple de ce patriotisme hostile à la patrie et favorable à ses ennemis, par simple solidarité idéologique envers leurs homologues d’Allemagne ou d’Italie. De Déat, qui ne voulait pas « mourir pour Dantzig », à Bolloré ou Bardella, qui ne veulent pas s’émouvoir pour Kiev, il y a une continuité.

Laurent Joffrin