Faure : le grand enfumage

par Valérie Lecasble |  publié le 05/06/2026

En proposant une « double primaire » qui était un pétard mouillé, le Premier secrétaire du PS avait deux objectifs : se placer lui-même dans la course à la présidentielle ; sauver la tête de Marine Tondelier, menacée par une motion hostile au sein de son parti.

Olivier Faure lors du rassemblement du 90e anniversaire du Front populaire, à Paris, le 5 mai 2026. (Photo Daniel Perron / Hans Lucas via AFP)

Il ne faut pas sous-estimer Olivier Faure. Celui qui a consacré huit ans de sa vie à reconstruire le Parti socialiste se voit légitimement en candidat de la gauche non mélenchoniste à la présidentielle. Il n’est pas prêt à quitter la scène sans combattre.

Depuis qu’il a compris que sa primaire dite « de Bagneux » ne pourrait aboutir, il cherche la parade. Jusqu’ici, il n’était guère pressé, préférant gagner du temps pour monter en puissance dans les sondages, où il est scotché à 5 %. Jusqu’à ce que deux coups de semonce l’incitent à accélérer.

Une double primaire aux objectifs tactiques

Le premier est la progression de Jean-Luc Mélenchon, qui profite de la solidité de sa candidature face au désordre du reste de la gauche. Le second, le plus important à ses yeux, est le risque de voir Marine Tondelier se faire désavouer les 6 et 7 juin par le Conseil fédéral des écologistes.

En l’absence d’une primaire crédible à gauche, les Verts sont tentés de remettre en question son leadership en revotant sur l’opportunité de présenter une candidate écologiste à la présidentielle. Pour eux, la priorité va aux élections législatives, où ils espèrent conserver des députés après leur échec aux municipales. Qu’importe, disent-ils, s’ils recueillent ou non quelques points à la présidentielle.

Beaucoup d’entre eux, on le sait, seraient alors tentés de se rallier à La France insoumise sur la base d’un accord électoral qui leur garantirait des sièges à l’Assemblée nationale. Conscient de la menace, Olivier Faure veut à tout prix sauver Marine Tondelier, avec laquelle il a pris l’habitude de s’entendre. À quelques jours du Conseil fédéral des écologistes, il était urgent de voler à son secours.

Voilà pourquoi il a imaginé une nouvelle usine à gaz destinée à sauver l’union de la gauche : organiser une primaire entre socialistes, avant de l’élargir dans un second temps au reste de la gauche non mélenchoniste. Et, pour ne pas laisser passer l’été, il a proposé que les sympathisants socialistes se prononcent le 9 juillet.

Un ballon d’essai sans majorité interne

Ce dispositif avait un triple avantage : couper l’herbe sous le pied de ses détracteurs, qui critiquent son immobilisme face à Jean-Luc Mélenchon au moment où le leader de LFI passe la surmultipliée avec son meeting du 7 juin à Saint-Denis ; suggérer qu’il sera lui-même candidat ; donner du grain à moudre à Marine Tondelier avant son Conseil fédéral.

Mais quand on a vu Johanna Rolland défendre le projet à la télévision, le doute s’est installé. Faure n’est pas homme à envoyer sans raison sa numéro deux vendre à sa place une idée d’une telle importance. En vérité, Olivier Faure ne voulait pas s’exposer. Il est trop fin manœuvrier pour avoir cru que son ballon d’essai pouvait aboutir.

Il savait d’abord que ni Raphaël Glucksmann ni François Hollande n’accepteraient de participer à une primaire sociale-démocrate pour se frotter ensuite aux candidats du reste de la gauche. « Nous sommes contre une primaire, ce n’est pas pour finir avec deux », a répondu sans surprise un proche de Glucksmann. Tandis que Hollande, pressenti par Faure pour y aller, a immédiatement fait savoir que ce serait sans lui. Que vaudrait une primaire des sociaux-démocrates en l’absence de ses deux présidentiables les plus sérieux ?

Après huit années passées à la tête du Parti socialiste, le Premier secrétaire ne pouvait pas non plus ignorer l’article 3.6.1 de son règlement intérieur : celui-ci stipule que, pour lancer une consultation directe des adhérents sur une question rédigée par la direction, il faut obtenir au préalable l’assentiment des deux tiers des membres du Conseil national. Une condition hors de sa portée depuis la défection de Boris Vallaud, qui l’a privé de la majorité nécessaire pour gouverner.

En agitant ainsi le landerneau médiatique, Olivier Faure continue à étirer le temps. Ce n’est pas lui qui refuse d’avancer, ce sont les autres, peut-il plaider, tout en poussant son avantage en affirmant – pour la première fois – qu’il serait prêt à participer à la primaire. Enfin, il donne un peu d’air à son alliée Tondelier pour la garder à ses côtés.

Un coup pour rien ? S’il a pris soin de consulter seulement son propre courant (TOA) avant de l’annoncer, c’est qu’il savait que les deux autres (TOB et TOC) la rejetteraient. Il a donc tenté de passer en force, sans grande chance d’y parvenir cette fois-ci.

Mais qu’adviendra-t-il à l’automne si aucun candidat social-démocrate n’émerge, ni Raphaël Glucksmann ni François Hollande ? Face au vide, Olivier Faure pourrait revenir à la charge avec son projet de double primaire. Après tout, c’est lui qui tient les rênes du Parti socialiste, sans lequel nul candidat ne peut se présenter. En cela, il est incontournable et il le sait, d’autant que les statuts du Parti socialiste interdisent à ses opposants de le démettre. Deux atouts clés qui expliquent sa volonté de ne pas lâcher son projet d’union de la gauche. Dans l’équation de la présidentielle, il ne faut pas sous-estimer Olivier Faure…

Valérie Lecasble

Editorialiste politique