Cosma, le Mozart du film populaire

par Frédérick Casadesus |  publié le 05/06/2026

Auteur de quelques-unes des musiques les plus populaires du cinéma français, Vladimir Cosma sera à Marseille à partir du 30 juin pour une série de concerts et de master-classes au festival Mandol’In Marseille. Une occasion rare de rencontrer un compositeur qui a accompagné plusieurs générations de spectateurs.

Séance de dédicace de Vladimir Cosma, à l'occasion de la sortie de son livre « Mes mémoires, du rêve à la réalité ». (Photo Frederic Petry / Hans Lucas via AFP)

Le compositeur du bonheur. Vladimir Cosma sera l’invité d’honneur du festival Mandol’In Marseille. Comment s’en étonner, lui qui composa la musique des deux films adaptés de Marcel Pagnol, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère ? Lui qui écrivit pour Angela Gheorghiu et Roberto Alagna l’opéra Marius et Fanny ? Lui encore qui imagina les 24 Caprices pour mandoline solo, dont le créateur n’est autre que Vincent Beer-Demander, professeur au Conservatoire Pierre-Barbizet de la ville ? Parisien d’adoption, l’enfant de Bucarest, l’un des nombreux étrangers qui ont contribué à faire la France, entretient avec la capitale provençale des liens à la fois symboliques et affectifs.

Une signature musicale entre classique et jazz

Un alliage de culture classique et de jazz, une mélodie séduisante mais sophistiquée — jamais le compositeur ne cède à la répétition gratuite d’un motif —, une orchestration qui se renouvelle d’un film à l’autre, enfin le goût du contrechant et des modulations, ces passages subtils d’une tonalité à une autre : en un mot comme en cent, le succès de Vladimir Cosma repose sur une volonté constante de procurer du plaisir.

Il est vrai que sa filmographie ne compte pas ce chef-d’œuvre absolu qui lui vaudrait d’être placé au même rang qu’un Bernard Herrmann, un Ennio Morricone, un Maurice Jarre ou encore Michel Legrand, auprès duquel il fit ses classes dans les années 1960. Le Grand Blond avec une chaussure noire, Les Aventures de Rabbi Jacob, Un éléphant ça trompe énormément ne se comparent guère à… Arrêtons-nous là. Pourquoi dénigrer le rire ? Vladimir Cosma a su offrir un écrin d’élégance à des comédies populaires.

Longtemps, sur les écrans, musique savante et comédie ont semblé incompatibles. Comme s’il n’existait aucun espace entre la parodie et le sérieux. Les films comiques devaient se contenter de marches prétendument cocasses — la série des Gendarmes en fournit une illustration parfois embarrassante — ou de partitions burlesques. On pense notamment aux œuvres, souvent excellentes d’ailleurs, composées par Gérard Calvi, prix de Rome s’il vous plaît, pour les Branquignols de Robert Dhéry.

De Michel Legrand à Alexandre le Bienheureux

Puis vint Vladimir Cosma. L’histoire est connue. Alors qu’il s’apprêtait à partir aux États-Unis, Michel Legrand conseilla à Yves Robert, qui cherchait un compositeur pour Alexandre le Bienheureux, de confier cette responsabilité à son collaborateur. Depuis quelque temps déjà, parce qu’il recevait plus de commandes qu’il ne pouvait en honorer, Legrand faisait travailler dans son ombre Vladimir Cosma, jeune musicien exfiltré de Roumanie communiste grâce au soutien financier d’artistes occidentaux.

Cosma, déjà associé à une partie de l’orchestration des Demoiselles de Rochefort, avait également participé à l’écriture de la musique de La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau.

Lorsqu’on écoute aujourd’hui la partition d’Alexandre le Bienheureux à la lumière de ces circonstances, il est difficile de ne pas être ému. On sent un compositeur désireux de montrer l’étendue de son talent et de saisir la chance qui s’offre à lui.

Mais l’humour y prend toujours des formes élégantes, jamais dérisoires. Le compositeur cherche constamment l’inspiration, explore des harmonies chatoyantes, même lorsqu’il habille un film commercial dont le titre ou la facture évoquent la série B … voire C ou D.

Certes, Cosma respecte la grammaire de son époque : une scène de suspense appelle des dissonances, quelques ponctuations de guitare basse ou de percussions mystérieuses ; une scène d’amour convoque les violons. Mais, dans l’ensemble, il se distingue par un irrésistible désir de séduire son auditeur.

Comment ne pas tomber sous le charme de cette valse ? Il n’a pas son pareil pour vous conquérir en deux temps, trois mouvements. On devine que producteurs et réalisateurs ne lui résistaient guère longtemps. Quant aux musiciens de studio, ils l’ont toujours adoré. La chanson du film La Boum, d’une redoutable efficacité, doit aussi une part de son succès aux instrumentistes vedettes de 1980, qui lui ont offert le meilleur d’eux-mêmes.

Vladimir Cosma sera donc à Marseille à partir du 30 juin. Master-classes, rencontres avec les mélomanes, concerts, inauguration à Aubagne d’un conservatoire portant son nom, création des Fables de La Fontaine mises en musique par le maître : c’est une véritable fête qui s’annonce. À quelques kilomètres de la Sainte-Victoire, un juste retour des choses.

Frédérick Casadesus