Trump, Poutine : comment ne pas terminer une guerre
L’un en Iran, l’autre en Ukraine, les deux leaders sont enlisés dans un conflit qu’ils ne savent pas arrêter, sauf à reconnaître qu’ils ont perdu.
Prenons-les par ordre d’arrivée. Le plus ancien au poste de président est Vladimir Poutine. Il est au Kremlin depuis mai 2000 et il ne l’a jamais quitté, sauf pour une brève période en 2008. Aujourd’hui, il en est à son quatrième mandat.
Le second est le 45e et le 47e président des États-Unis. On a presque oublié le premier mandat de Trump, sauf pour quelques foucades, comme sa façon désinvolte de déchirer l’accord sur le contrôle de l’uranium iranien négocié par Barack Obama. On garde aussi en mémoire l’assaut sur le Capitole, lorsque le mauvais joueur n’a pas voulu reconnaître sa défaite.
Poutine ne quitte guère l’enceinte du Kremlin, sauf pour aller voir son ami Xi Jinping ou se rendre, comme ce week-end, au forum de Saint-Pétersbourg que tout le monde appelle « le Davos russe ». Aux dernières nouvelles, il aurait eu peur d’apparaître au défilé du 9 mai sur la place Rouge, craignant d’être ciblé par un drone ukrainien.
Trump, lui, ne craint pas les déplacements partout dans le monde. Mais il a une nette préférence pour les allers-retours en Floride pour ses parties de golf hebdomadaires.
Ukraine : l’impasse stratégique de Moscou
L’ancien colonel du KGB Vladimir Poutine a très mal vécu la perestroïka puis la transition ratée conduite par Eltsine. Il a toujours dit que l’effondrement de l’URSS était la plus grande catastrophe du XXe siècle. Son projet stratégique est de restaurer la splendeur passée de l’Union soviétique. Malheur aux Ukrainiens qui ont tourné leurs regards vers l’Europe et l’ont fait savoir en février 2014 au moment de la « commune de Maïdan ». La réponse de Poutine a été immédiate : le 28 février, les troupes russes annexaient la Crimée.
Donald Trump entame son premier mandat trois ans après l’occupation de la Crimée. Lorsqu’il est réélu en 2024, la guerre fait rage dans le Donbass depuis deux ans déjà. Pendant sa campagne électorale, il clamait qu’il réglerait le conflit ukrainien en moins de 24 heures. On a vu la suite. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, il s’est calé sur le narratif de Poutine. Les deux hommes partagent la même hostilité à l’égard de l’Europe, de son projet et de ses valeurs. Steve Witkoff, le négociateur en chef, expliquera plus tard que, pour avancer vers la paix, le Donbass devait rester dans l’escarcelle russe.
Dans le Donbass, les lignes de front n’ont pas bougé depuis l’hiver. Ce qui a changé, c’est l’ampleur des offensives aériennes. Les Russes matraquent les grandes villes à raison d’un millier de drones chaque nuit et les Ukrainiens frappent eux aussi la Russie en profondeur. Ils viennent de le prouver dans la nuit du 5 juin en envoyant 86 drones autour de Saint-Pétersbourg, où se réunissait le forum économique présidé par Poutine.
Le maître du Kremlin a répondu d’une phrase pleine de mépris à la proposition de rencontre formulée par Zelensky : « Pour l’instant, je n’en vois pas l’intérêt. » Comme toujours, Poutine joue le rôle de « Monsieur Niet » et laisse croire qu’il a le temps pour lui. Mensonge : son économie de guerre appauvrit le pays. Pour la première fois en trois ans, le PIB russe s’est contracté au premier semestre de cette année. On parle aussi d’une nouvelle vague d’enrôlement massif de combattants.
Iran : l’enlisement américain
Après avoir arraché un cessez-le-feu à Gaza en octobre, Trump, avec l’appui de Netanyahou, s’en est pris à l’Iran. En juin 2025, ce n’était qu’un galop d’essai. La vraie bataille a commencé en février après le massacre de milliers d’Iraniens dans les rues de Téhéran. Netanyahou a joué un rôle clé dans le déclenchement de la guerre.
Trois jours après le début de l’offensive en Iran, Trump bredouillait déjà sur les buts de guerre : renverser le régime des mollahs, détruire les missiles, stopper le programme nucléaire… Aujourd’hui, le régime reste en place ; il s’est même renforcé sous la férule des Gardiens de la révolution. Trump n’a toujours pas trouvé la porte de sortie. Il s’est même fâché avec les pétromonarchies du Golfe alliées aux États-Unis. Cent jours après le début de l’attaque, il fait face à ce qu’il avait annoncé comme une simple « excursion ».
Trump a retoqué plusieurs fois le projet d’accord avec Téhéran. Les négociations traînent en longueur, car l’Américain veut arracher un résultat. Il veut éviter à tout prix de se retrouver devant un texte inférieur à l’accord de 2018 sur le nucléaire, qu’il a déchiré. Il aurait alors raté sa guerre contre l’Iran. Pour éviter pareille humiliation, il veut s’emparer d’un trophée qui lui permette de dire : « J’ai gagné. »
Deux guerres, une même logique
Dans les bureaux du Kremlin, on se prépare à présenter à la population une version « victorieuse » de la fin des combats. La revue Le Grand Continent révèle que des équipes de communicants travaillent à « vendre » une fin de guerre qui soit la moins négative possible. Ils seront prêts le jour où Poutine décidera d’arrêter sa guerre.
Poutine n’est pas loin de penser la même chose que Trump. Il sait parfaitement que la guerre d’attrition menée avec des drones et des missiles à longue portée vient d’atteindre un point d’équilibre. Match nul sur le plan strictement militaire. Ce n’est pas un hasard si les services du Kremlin travaillent sur un scénario visant à expliquer que la Russie est victorieuse. Poutine, lui aussi, veut dire : « J’ai gagné. »
Nous sommes dans un moment singulier où la guerre d’Ukraine et celle d’Iran se télescopent pour les deux protagonistes principaux. Dominés par l’hubris de leur toute-puissance, Poutine et Trump ont partie liée. Ils se posent en effet la même question : quelle place laisserons-nous dans l’Histoire ? C’est le bon moment pour l’Europe de jouer sa carte, en refusant que la région du Donbass dans son intégralité soit acquise par principe à la Russie et en préparant une architecture de sécurité collective avec tous les pays de la région.



