Mélenchon lance sa « Nouvelle France »
En s’appropriant la revendication traditionnelle du RN, « on est chez nous », le leader des Insoumis cherche à inverser l’accusation de communautarisme qui lui est faite. Il se pose au contraire en rassembleur d’une France où « tout a changé », sauf la Constitution.
« Tout est à notre portée ». C’est à une démonstration de force que s’est livré Jean-Luc Mélenchon sur la place de la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France, à proximité de la mairie qu’a gagnée il y a quelques semaines l’Insoumis Bally Bagayoko. Devant 26 000 personnes (selon LFI), là où d’autres peinent à en réunir quelques milliers, il articule en une heure top chrono sa vision : « La Nouvelle France ».
« Tout a changé », sauf la Constitution
Raillé pour ce terme par la classe politique, qui y voit une obsession communautariste, il le brandit comme un étendard politique pour acter que « la France a changé ». En arrière-plan, son équipe acquiesce à ses côtés, constituée, comme un futur gouvernement, de Manuel Bompard, Éric Coquerel, Mathilde Panot, Rima Hassan, Manon Aubry, Bally Bagayoko, Clémentine Guetté, Aurélie Trouvé.
« On est chez nous », scande la foule exaltée, en s’appropriant une revendication qu’a coutume d’utiliser l’extrême droite. Et Jean-Luc Mélenchon de décliner en quoi la France de 2027 n’est plus celle de 1958. « Tout a changé », assure-t-il, sauf la Constitution.
La plupart des Français ont quitté leur département d’origine pour ne pas y retourner. La ruralité a été délaissée. Les Français se sont connectés à Internet. Les jeunes, et même les enfants, revendiquent leurs droits. Un ouvrier sur deux travaille désormais dans une entreprise de services. Et un Français sur trois est un héritier de l’immigration.
La Nouvelle France que décrit Jean-Luc Mélenchon réunit les femmes, les personnes âgées et aussi les jeunes qui aspirent à devenir autonomes. « Nous sommes la Nouvelle France », revendique-t-il, en décrivant une population plus cultivée et des Français davantage reliés les uns aux autres qu’il y a 70 ans.
Une stratégie de rassemblement à gauche
Mélenchon se garde bien de fustiger la terre entière. Ses mots s’adressent au contraire à la gauche tout entière. Puisque les autres sont désunis et sans chef, il veut ramener à lui tout le peuple de gauche. La primaire, dit-il, c’est lui qui l’a déjà gagnée. Il ne lui a manqué, affirme-t-il, que 420 000 voix en 2022 pour affronter au second tour Marine Le Pen. La victoire est possible, clame-t-il, appelant les participants à voter pour lui dès le premier tour.
Il choisit donc de développer des sujets peu ou prou consensuels, comme lorsqu’il appelle au démantèlement des trusts culturels, quand seulement neuf milliardaires possèdent 90 % des médias. Il attaque aussi le suprémacisme, cette volonté moderne qui débouche sur des économies de guerre et la domination des puissances du numérique.
En France, ce suprémacisme est porté par le RN, relayé par les milieux économiques et, ne peut-il s’empêcher de glisser, par ceux qui se regroupent par islamophobie. Quand 53 milliardaires possèdent plus que 32 millions de Français et que 10 millions d’entre eux sont tombés dans la pauvreté, cela ne peut plus continuer.
Un programme en vue de 2027
Dans la Nouvelle France de Mélenchon, on verra revenir la retraite à 60 ans, on réorganisera la Sécurité sociale pour que chacun reçoive selon ses besoins, le SMIC sera porté à 1 700 € et le glyphosate interdit. On lancera une « décolonisation numérique » (supercalculateurs, IA, données, ordinateur quantique) vis-à-vis des États-Unis. La liberté sera accordée pour l’attribution des genres en même temps que l’extension des droits des personnes à disposer d’elles-mêmes, à commencer par ceux des jeunes.
Dans un accès de clientélisme électoral, il propose aussi l’autonomie – dans la mesure où ils la souhaiteraient – aux territoires d’outre-mer : aux Antilles, à La Réunion ou en Nouvelle-Calédonie. Cette Nouvelle France instaurera la VIe République, nouvelle structure fédératrice d’une nation plus démocratique que l’actuelle monarchie parlementaire. Dans un pays qui a connu quatre révolutions en deux siècles d’histoire, la Ve République a, selon lui, trop vécu.
Le train de l’histoire, assure-t-il, ne passe pas deux fois. Pour Jean-Luc Mélenchon « les étoiles sont alignées », la victoire présidentielle est à portée de main, tant ses adversaires lui semblent désorganisés. A contrario, lui, le candidat déclaré et soutenu par ses troupes, qui possède un slogan et l’amorce d’un projet, entend bien pousser son avantage pour présenter aux Français un programme abouti dès l’automne. Aux autres de le défier désormais, en affirmant leur incarnation et leur capacité à combattre ses idées.



