Jeunes : danger, masculinisme !

par Boris Enet |  publié le 12/06/2026

Parmi les formes de radicalisation qui préoccupent à la fois les milieux progressistes, le Parquet national antiterroriste et l’Éducation nationale, le masculinisme, venu d’outre-Atlantique, s’impose désormais comme une menace crédible.

L'influenceur masculiniste Alex Hitchens, en visio, lors de son audition à l'Assemblée nationale. (Capture d'écran de la chaine LCP)

Retour de balancier idéologique après des décennies de libération des mœurs et de progression du féminisme, la mouvance masculiniste, apparue dans les années 1990 en Amérique du Nord, est devenue une préoccupation majeure pour les services de sécurité. Les messages haineux diffusés par ces individus frustrés se multiplient sur les plateformes les plus fréquentées par les jeunes, notamment TikTok et Instagram. Les Renseignements territoriaux comme la DGSI évoquent désormais un risque de basculement et se préparent à une vague de passages à l’acte, sur un modèle qui rappelle, par certains aspects, les dynamiques de radicalisation islamiste observées dans les années 2010.

Une radicalisation accélérée chez les jeunes

Portée par une misogynie décomplexée et nourrie par l’offensive idéologique de l’ultra-droite, une partie de cette jeunesse, façonnée par les réseaux sociaux, trouve désormais ses références dans les sphères « incels » et leurs figures les plus agressives. Du Québec de 1989 à la Californie, à l’Oregon ou au Nouveau-Mexique, et plus récemment dans la partie anglophone du Canada, la violence verbale a parfois trouvé des traductions concrètes dans des assassinats ou une fascination morbide pour les tueries de masse, perçues comme un exutoire à leurs frustrations.

En France, l’enseignement du programme EVARS, destiné à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, se heurte de plus en plus à l’hostilité d’une partie des collégiens, influencés par cette propagande. Les référents et référentes égalité filles-garçons dans les établissements scolaires en témoignent. Au mieux, ils constatent une indifférence marquée. Au pire, ils observent une parole décomplexée, voire compréhensive, à l’égard de ceux qui valorisent le virilisme, fréquentent assidûment les salles de musculation et considèrent la domination des femmes comme un mode légitime d’organisation sociale.

Les services de sécurité comme les responsables de l’Éducation nationale constatent un double phénomène déjà observé dans d’autres formes de radicalisation : un rajeunissement des publics concernés et une accélération de l’endoctrinement. À 14 ou 15 ans, parfois dès 13 ans chez les plus précoces, certains adolescents passent en quelques jours de questionnements identitaires ordinaires à l’adhésion aux discours de la mouvance « incel ».

L’école confrontée à une nouvelle influence

Alors que le Haut Conseil à l’Égalité peine encore à définir une réponse adaptée, l’absence de véritables contrepoids dans une partie de la jeunesse inquiète. Les grands élans collectifs semblent appartenir au passé et des structures historiques, comme le Planning familial, peinent à assurer leur renouvellement générationnel.

Si l’attentat déjoué en juillet 2025, préparé par un jeune homme de 18 ans à Saint-Étienne, a pu être évité de justesse, une nouvelle course de vitesse s’est engagée entre cette nébuleuse de jeunes radicalisés et les institutions chargées de la sécurité publique. Pourtant, aussi performants soient-ils, les dispositifs de surveillance et de répression ne suffiront pas à endiguer cette mouvance sans une mobilisation plus large de la société.

Les limites de la réponse sécuritaire

Alors que l’opinion s’émeut, à juste titre, des violences sexuelles commises contre les enfants, rares sont ceux qui s’interrogent sur les ressorts collectifs et les vecteurs idéologiques qui rendent possibles de tels crimes. La haine des femmes, la brutalisation des enfants ou encore leur marchandisation s’inscrivent dans un héritage patriarcal ancien, entretenu par diverses traditions culturelles et religieuses, mais aussi par des formes de tolérance sociale dont l’actualité récente rappelle régulièrement l’existence, quels que soient les milieux concernés.

L’école demeure le premier réceptacle de cette offensive idéologique, qui s’ajoute à bien d’autres tensions déjà présentes. Dans les territoires, les dispositifs de veille intègrent progressivement ces nouveaux indicateurs afin d’évaluer plus finement le climat scolaire. Comme souvent, il serait pourtant excessif de faire peser sur l’institution scolaire l’entière responsabilité d’un phénomène qui trouve aussi ses racines dans des carences éducatives, familiales et sociétales parfois profondes.

Boris Enet