Meloni, l’amie américaine de l’Europe
Depuis plusieurs mois, Giorgia Meloni tente de préserver un équilibre devenu de plus en plus fragile entre ses partenaires européens et son allié américain. Une position inconfortable qui révèle les limites de sa stratégie sur les deux fronts.
Giorgia Meloni est une nouvelle fois à contretemps de l’Europe. Le 8 juin, elle n’a pas été conviée à participer aux discussions sur l’Ukraine menées avec Volodymyr Zelensky par Friedrich Merz, Keir Starmer Emmanuel Macron. Quelques jours plus tôt, le 5 juin, elle avait elle-même choisi de ne pas se rendre au sommet sur les Balkans organisé au Monténégro, préférant célébrer à Reggio de Calabre l’émission d’un nouveau timbre en l’honneur de l’Arme des carabiniers. Ces deux rendez-vous manqués illustrent le positionnement de plus en plus ambigu de la présidente du Conseil italien vis-à-vis de l’Union européenne. Une situation qui, explique-t-on à Rome, s’explique avant tout par sa volonté de regagner le terrain perdu sur le front américain.
Car tel est l’autre grand défi de Giorgia Meloni. Si elle prend ses distances avec Bruxelles, c’est pour tenter de renouer avec Washington et retrouver l’influence qu’elle semble avoir perdue auprès de Donald Trump. Le 14 avril, ce dernier n’avait pas hésité à l’attaquer publiquement, balayant le rôle auquel elle aspirait : celui d’intermédiaire privilégiée entre les États-Unis et l’Europe. Se disant « déçu » et « choqué », Trump lui reprochait notamment son manque de courage et son incapacité à le soutenir dans le dossier iranien. Dès lors, elle était devenue à ses yeux une partenaire « inacceptable » sur la scène internationale.
Entre Washington et Bruxelles
Résultat : Giorgia Meloni se retrouve dans la position délicate de celle qui cherche à ménager deux univers de plus en plus antagonistes, l’américain et l’européen. Elle est ainsi contrainte de soutenir l’Ukraine face à la Russie tout en demeurant moins engagée que la plupart des gouvernements européens sur les questions de défense. Elle doit également entretenir ses relations avec Ursula von der Leyen et le Parti populaire européen afin d’obtenir des financements exceptionnels — le dernier en date atteignant 14 milliards d’euros — sans pour autant franchir le pas d’un rapprochement politique avec la CDU allemande. À cela s’ajoute la question française. Emmanuel Macron revendique lui aussi l’ancienneté et la profondeur des liens unissant son pays à l’Italie.
Le poids du Traité du Quirinal
Cette question ressurgira lors du prochain sommet franco-italien des 25 et 26 juin à Paris, rappellent les chancelleries romaines. Elle s’inscrit également dans un contexte historique que les diplomates en poste dans la Ville éternelle décrivent volontiers. À commencer par ce qu’ils présentent comme un persistant « complexe d’infériorité italien » à l’égard du modèle français, centralisé, structuré et porté par une forte tradition étatique. Un État-nation qui développerait en retour une forme de « complexe de supériorité » face à une péninsule composée d’une multitude de réalités territoriales se vivant davantage comme une fédération de petites patries.
Mais dans cette compétition d’influence, Emmanuel Macron dispose finalement d’un avantage décisif sur Donald Trump : celui de pouvoir défendre et approfondir le Traité du Quirinal, entré en vigueur en 2023, qui constitue une véritable feuille de route commune entre la France et l’Italie dans des domaines aussi stratégiques que l’espace, le nucléaire, le numérique, l’enseignement ou la défense. Une feuille de route qui pourrait, à terme, s’imposer comme l’un des principaux moteurs de l’intégration européenne.



