Mamdani-Netanyahou : le choc des cynismes
L’affrontement médiatisé entre le maire de New York et le Premier ministre israélien leur est politiquement bénéfique, mais il place les Juifs américains dans une position intenable, dans un contexte d’antisémitisme et de défiance envers Netanyahou.
Tous deux y trouvent leur compte. Après avoir annoncé, le 18 juillet dernier, vouloir explorer la possibilité de faire arrêter Benyamin Netanyahou lors d’une prochaine visite à New York, Zohran Mamdani a dû reconnaître, quelques jours plus tard, qu’il n’en avait pas l’autorité. Cette double séquence a provoqué une riposte très ferme de Netanyahou, d’abord lors d’une interview sur Fox News, puis dans un spot de campagne où il se présente comme un rempart contre Mamdani et contre ce qu’il décrit comme son antisémitisme.
Un affrontement politiquement bénéfique
Pour Mamdani, la mise en scène de son affrontement avec Netanyahou lui permet non seulement de rallier sa base, mais aussi de se donner, à moindre coût, une stature internationale, comme son bras de fer avec Donald Trump lui avait déjà donné une dimension nationale.
Cette passe d’armes permet également à Netanyahou d’expliquer son isolement croissant auprès des démocrates par la dérive anti-israélienne « mamdanienne » de ce parti. La manœuvre est grossière, mensongère, mais elle peut lui être utile en pleine campagne électorale, alors que la dégradation de l’image d’Israël auprès de l’opinion publique américaine lui est largement reprochée par ses adversaires politiques.
Les Juifs américains pris en étau
Pour les Juifs américains, souvent critiques à la fois de Netanyahou et de Mamdani, cet affrontement les oblige indirectement à choisir entre deux extrêmes : d’un côté, Mamdani, qui remet en cause la légitimité même d’Israël ; de l’autre, Netanyahou, qui, à leurs yeux, abîme durablement l’image du pays et mène une politique dans laquelle ils ne se reconnaissent plus.
Pour Mamdani, le problème n’est en effet pas seulement la politique de Netanyahou et de son gouvernement, mais la nature même de l’État d’Israël. Présenter Israël à travers le seul visage de Netanyahou, très impopulaire dans l’opinion américaine, y compris auprès des Juifs américains, lui permet d’associer l’ensemble du pays à une image illibérale, brutale, mensongère et corrompue. Pour le maire de New York, qui essentialise négativement l’État d’Israël, le gouvernement israélien actuel est une bénédiction, tout comme des ministres extrémistes, racistes et messianiques comme Ben Gvir ou Smotrich.
La manœuvre symétrique de Netanyahou est limpide : faire taire toute critique de sa politique, qui a conduit à la division interne du pays et à son isolement international, dans une injonction à se rassembler sous sa bannière de leader non seulement d’Israël mais aussi du monde juif. Au passage, il s’agit de faire taire les Juifs américains, le plus souvent libéraux et très critiques du premier ministre israélien. La manœuvre est d’autant plus cynique qu’il les a systématiquement ostracisés depuis son retour au pouvoir, en s’alliant avec des partis orthodoxes qui nient la judéité des Juifs libéraux et privilégient l’alliance avec les chrétiens évangéliques au détriment des Juifs américains, dont il prévoit l’effacement démographique, et dont il heurte profondément le libéralisme politique en renforçant l’occupation de la Cisjordanie d’une part, et en affaiblissant la démocratie israélienne d’autre part.
Un étau politique depuis le 7 octobre
Ce face-à-face illustre l’étau dans lequel se trouvent aujourd’hui les Juifs américains. Depuis une dizaine d’années, et plus encore depuis le 7 octobre, ils sont pris entre une extrême droite conspirationniste qui imprègne une partie du Parti républicain, une extrême gauche qui pèse sur le Parti démocrate et fait de la critique radicale d’Israël un test de pureté idéologique, et un gouvernement israélien dont la conduite les heurte et les éloigne d’un pays dont ils se sont toujours sentis proches. Il dit leur solitude et leur obligation de choisir le moindre mal, leur seul véritable horizon aujourd’hui, loin de l’âge d’or qu’ils ont connu après la fin de la Seconde Guerre mondiale.



