Gauche : le retour des réformistes

par Laurent Joffrin |  publié le 31/08/2026

On disait Mélenchon irrésistible à gauche et ses bons sondages semblaient le confirmer. Depuis ce week-end, sa domination est contestée et la gauche de gouvernement donne des signes de vie.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Tout arrive… Cette gauche réformiste qu’on moquait pour ses divisions, son mutisme et ses impuissances, retrouve une existence politique. Déclaration de candidature de Raphaël Glucksmann, officialisation de la primaire socialiste, rencontres du PS à Blois, débat Philippe-Hollande à Sens, activité opiniâtre de Bernard Cazeneuve : autant de signes qui rendent un peu d’espoir à ceux qui souhaitent le retour d’une gauche du réel.

La gauche réformiste reprend vie

Cette gauche n’avait ni programme, ni candidats déclarés, ni stratégie : voici que sur ces trois points, elle se retrouve mieux armée. Le programme ? Le PS a publié un projet complet (auquel il manque toutefois le financement) ; Raphaël Glucksmann et Place publique se sont dotés d’un projet en bonne et due forme ; Bernard Cazeneuve a rendu publique une « lettre aux Français » de 80 pages ; François Hollande sort un livre de réflexion émaillé de quelque 80 propositions. À ceux-là s’ajoutent les mesures avancées par Jérôme Guedj, Philippe Brun ou… Ségolène Royal qui concourent à la primaire socialiste avec Olivier Faure et Raphaël Glucksmann.

Glucksmann et Hollande avancent leurs candidatures

Les candidats ? Il n’en manque pas. Raphaël Glucksmann est pour l’instant le mieux placé. Son entrée en lice officielle le favorise et il fait maintenant jeu égal avec Jean-Luc Mélenchon dans les intentions de vote de premier tour (sondage Elabe pour La Tribune Dimanche et BFM TV). François Hollande avance pas à pas vers une candidature « si la situation l’exige », entamant une active campagne de promotion de son livre ; Olivier Faure participera à la primaire qu’il a lui-même souhaitée ; Bernard Cazeneuve persiste et signe dans son ambition. Il leur reste quatre mois pour se départager et présenter en janvier ou février un front uni quand s’ouvrira la dernière phase de la campagne.

La stratégie ? Avec des nuances, tous sauf un veulent labourer l’espace politique du centre gauche pour opposer, à un centre et une droite qui se cherchent encore, un projet social-démocrate adapté aux temps nouveaux. Seul Olivier Faure en tient toujours pour l’union de type Nouveau Front populaire, adoptant un discours plus à gauche, tendant la main à Marine Tondelier et refusant de fermer la porte à un accord futur avec LFI, sans doute pour les législatives qui suivront la présidentielle. Vieille tactique mitterrandienne qui consiste à prendre les socialistes par la gauche pour s’installer, quitte à mettre par la suite de l’eau dans son vin…

Les sociaux-démocrates progressent dans les sondages

Comme par hasard, depuis que ces perspectives se dessinent, la gauche a repris un peu de poil de la bête en dépassant pour la première fois depuis des lustres la barre des 30 % de l’électorat. Pour l’instant, les sociaux-démocrates revendiqués dominent la scène sondagière au sein de cet espace : Glucksmann autour de 14 %, Hollande autour de 9 %, et Faure est lanterne rouge (dans tous les sens du terme) à 3,5 %.

Bien sûr, tout cela est fragile, bien sûr les sondages vont évoluer, bien sûr personne ne sait ce que peut donner la primaire-croupion du PS, bien sûr La France insoumise va continuer sa campagne radicale, forte de son socle protestataire et de la cohésion militaire de ses troupes. Mais enfin, peu à peu, dans la douleur, la gauche du réel se reconstitue, pour proposer au pays un projet de transition écologique et de redressement dans la justice. Espoir…

Laurent Joffrin