École : Geffray de son mieux

publié le 31/08/2026

Être ministre de l’Éducation nationale est un sacerdoce républicain autant qu’un parcours semé d’embûches. Tous ses prédécesseurs l’ont éprouvé. Avec sincérité et détermination, dans les tempêtes successives, Édouard Geffray tient la barre et avance. Par Ludovic Michel

Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, s'exprime devant des journalistes lors d'une conférence de presse en amont de la rentrée scolaire 2026-2027, au lycée Arago à Paris, le 25 août 2026. (Photo LOU BENOIST / AFP)

 Instruire et protéger. Deux marottes devenues le cap du locataire de la rue de Grenelle, auquel il se tient. Ce qui n’est pas si fréquent. Sans tambour ni trompette, il s’adresse aux familles, aux élèves et aux enseignants en admettant que le niveau scolaire a baissé, mais qu’il est encore temps d’y remédier. Sa priorité donnée à l’apprentissage de la langue et à l’esprit mathématique, comme son identification du collège comme maillon faible, ne sonnent pas comme un énième plan, jamais évalué et abandonné au bout de quelque temps faute de cohérence ou de moyens. Elles s’inscrivent dans la continuité de ses engagements depuis sa prise de fonction. L’homme connaît parfaitement les atouts et les difficultés de ce ministère, dont la centralité dans la société, à court, moyen et long terme, n’est plus à démontrer.

Les priorités d’Édouard Geffray pour l’école

Face à la coalition des refus, politiques et syndicaux, il a pris à bras-le-corps la question des dangers du portable à l’école pour les moins de quinze ans, tant sur le plan éducatif qu’affectif et sanitaire. L’ajournement par le Conseil constitutionnel pour des motifs juridiques ne l’empêchera pas d’y revenir et, dès cette rentrée, les lycéens comme les collégiens devront garder leurs appareils au fond des sacs ou dans des espaces dédiés, selon les modalités adoptées par les conseils d’administration. Cela peut paraître élémentaire, encore fallait-il s’y atteler face aux récriminations de coteries peu soucieuses de la préservation de la santé mentale de la jeunesse.

Sur le front des examens, rien de bien nouveau, si ce n’est des évolutions à la marge dans la part du contrôle continu pour l’obtention du brevet des collèges. Il ne s’agit pas de réformer pour entrer dans l’histoire en l’espace de quinze mois, à l’image de l’expérimentation des classes passerelles de seconde, engluée dans le chaudron des petites réformes sans lendemain. Édouard Geffray parle clair. L’exigence est une nécessité autant pour le pays que pour les jeunes générations. L’école publique éduque tout autant qu’elle instruit, n’en déplaise aux archaïques, et il n’y a aucune incompatibilité entre ces deux versants qu’oppose une querelle surjouée à droite. L’instauration d’un concours général des collèges s’inscrit dans cette volonté. Les bons élèves doivent retrouver une place qu’influenceurs et autres TikTokeurs ont souvent accaparée au cours de la dernière décennie.

Instruire n’est en rien contradictoire avec la mission d’éducation de l’école. Sur ce point, l’équipe ministérielle tient bon face aux lobbys réactionnaires, et c’est heureux. Dans le cadre de l’éducation affective et relationnelle chez les plus jeunes, puis de l’éducation à la sexualité dans le secondaire, le ministre rappelle qu’il s’agit bien d’un enseignement obligatoire et non d’une option facultative, appliqué dans l’ensemble des établissements du pays, publics et privés sous contrat.

Devant la recrudescence du masculinisme et la dynamique fascisante qui gangrène déjà une partie de la jeunesse comme de la société, l’institution ne cède pas malgré les tentatives d’intimidation dont sont régulièrement victimes les chefs d’établissement ou directeurs d’école, confrontés à l’alliance intégriste islamo-catholique. Ainsi, sur la question de l’égalité de genre et de la promotion des filles dans les filières scientifiques, l’Éducation nationale ne recule pas, ce qui, à l’approche de la présidentielle, s’apparente à un acte de résistance qui ne dit pas son nom.

La loi du plus juste pour toutes les écoles

Bien entendu, rien n’est aisé. La proximité des élections professionnelles en décembre prochain sera l’occasion d’une surenchère d’autant plus vive que les syndicats ont perdu de leur influence dans ce secteur en particulier. La perspective du scrutin présidentiel fera de l’école un sujet polémique, avec des solutions aussi présomptueuses que radicales. Déjà, l’extrême-droite s’agite sur l’uniforme, adopté dans la ville de Robert Ménard, ou sur la levée des couleurs dans les écoles – deux idées en vogue sur les plateaux de CNews.

Et puis, la question de l’augmentation du traitement des enseignants est enfin sur la table, à gauche, au centre, comme dans le rapport du haut-commissaire au Plan. Celle de la baisse démographique et de ses conséquences territoriales s’impose, au-delà des cercles habituels, comme une question centrale de réorganisation et de redéfinition du service public. Parions sur l’intelligence collective pour que des gens raisonnables et attachés au service public imaginent ensemble l’école de demain, avec 1,7 million d’élèves en moins, un taux d’encadrement renforcé dans les classes et une réforme indispensable du statut des personnels.

Dans un climat de polarisation aux extrêmes populistes et, ailleurs, d’inconséquence parfois coupable, rien n’est moins sûr. Mais y a-t-il une alternative souhaitable ? L’exigence de conformité aux lois de la République des institutions privées hors contrat et le respect de la mixité sociale par les établissements privés sous contrat montrent que les vieilles habitudes ont la peau dure. La couardise continue d’habiter certains palais de la République, même après Bétharram, les auditions parlementaires et la libération, encore partielle, de la parole des victimes. Dans ce contexte, Édouard Geffray, sans emphase ni ambition personnelle démesurée, fait ce qu’il peut. Et, jusqu’ici, il convainc.