Quand la gauche américaine rejette le wokisme
Deux figures dominantes de la gauche du Parti démocrate prennent leurs distances avec les excès du wokisme. Est-ce un tournant qui s’annonce ?
Pour avoir ici même souligné les excès du wokisme – le rejet de l’universalisme, la logique communautaire, une radicalité rigide, une tendance à la police de la pensée –, on ne peut s’empêcher de noter avec ironie que ces critiques, dénoncées comme réactionnaires par les intéressés, sont aujourd’hui adoubées par deux représentants incontestables de la gauche américaine.
Ocasio-Cortez prend ses distances
Interrogée sur la question, Alexandria Ocasio-Cortez, députée démocrate devenue la principale figure du socialisme américain, proche de Bernie Sanders, éclate de rire et répond benoîtement : « Woke 1.0 was crazy ! ». Traduction approximative : « la première phase du wokisme était folle ».
Sur le même sujet, Zohran Mamdani, élu récemment maire de New York, autre personnage emblématique du gauchissement du Parti démocrate, sourit à son tour et explique joyeusement que les convictions d’un homme politique peuvent évoluer. Une manière feutrée mais très claire de rejoindre la réflexion lapidaire d’Ocasio-Cortez.
La présidentielle de 2028 en ligne de mire
Simple blague ou annonce d’un tournant ? En tout cas, ces deux symboles de la gauche américaine la plus radicale prennent de toute évidence leurs distances avec certains excès. On dira que tous deux visent à jouer désormais un rôle national dans la politique américaine. Ocasio-Cortez laisse désormais entendre qu’elle est prête à briguer l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2028. Elle met donc de l’eau dans son vin, ce qui peut jeter un doute sur sa sincérité.
Mais justement : si la gauche américaine considère qu’il est impolitique, si l’on veut battre les républicains post-Trump (le vice-président JD Vance est déjà candidat à la succession…), de continuer à défendre des positions outrancièrement communautaires ou marquées par un « politiquement correct » atrabilaire, c’est un signe incontestable. Au demeurant, il est maintenant acquis chez les analystes américains que les discours « woke » agressifs et certaines revendications radicales (« définancer la police », par exemple) ont servi la propagande rétrograde de Donald Trump et facilité son élection.
Les questions sociales reprennent le dessus
Comme par hasard, les candidats les plus à gauche dans les dernières élections partielles aux États-Unis, vainqueurs dans plusieurs États, se sont concentrés sur les questions sociales – revenu minimum, droits syndicaux, services publics, inflation, etc. –, laissant de côté les amères batailles culturelles qui ont émaillé la vie publique depuis des années aux États-Unis.
Sans renoncer le moins du monde à lutter contre les discriminations, pour les droits des femmes et des minorités, contre le machisme, le racisme ou l’intolérance trumpienne, les socialistes américains font un pas vers la rationalité. Ainsi s’amorce le retour vers un certain universalisme en matière culturelle et un plus grand réalisme en matière sociétale. Il était temps.



