Budget : la gauche tentée par la censure

par Valérie Lecasble |  publié le 04/09/2026

Les candidats socialistes à la primaire de la gauche veulent censurer le budget 2027. Convaincus qu’ils n’obtiendront pas de nouvelles avancées, ils devraient se radicaliser, hormis François Hollande. Lecornu se retrouvera-t-il dans les mains du RN ?

Le chef du parti Place publique et candidat à l'élection présidentielle française de 2027, Raphaël Glucksmann, répond à la presse en marge du camp d'été du Parti socialiste (PS) à Blois, le 29 août 2026. (Photo ALAIN JOCARD / AFP)

La scène se déroule samedi 29 août sur les rives de la Loire à Blois. Juste avant de prendre son train, Raphaël Glucksmann, qui est venu participer aux universités d’été du Parti socialiste, convoque un « micro tendu ». Les images sont belles et après un déjeuner de travail fructueux avec ses soutiens dans un restaurant proche, il souhaite raconter comment il veut gagner la primaire de la gauche sociale-démocrate. « L’enthousiasme est revenu. On y croit, ça fait du bien », dit l’un d’entre eux.

Glucksmann embarrassé par la censure

Les caméras se précipitent pour filmer celui qui fait figure de favori. Le journaliste de BFMTV pose la première question, piégeuse pour le leader de Place publique : « Monsieur Glucksmann, allez-vous censurer le budget ? ». En porte-à-faux, Raphaël Glucksmann noie le poisson. Il est coincé entre la nécessité de réclamer un budget plus à gauche que celui que nous prépare Sébastien Lecornu afin d’aller dans le sens des votants à la primaire et son souhait de ne pas insulter l’avenir, en laissant ouvert l’élargissement vers le centre qu’il souhaite pour sa campagne présidentielle. Donc, de ne pas dire qu’il censurerait, ce qui d’ailleurs ne peut arriver puisqu’il est député européen.

Il se dérobe, en insistant sur la nécessité d’un budget plus juste et plus favorable aux travailleurs. Le journaliste de BFMTV le relance : il refile la patate chaude à Boris Vallaud qui trépigne à ses côtés. Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale se fait tranchant et affirme avec conviction que les députés de son groupe ne commettront pas une seconde fois l’erreur de la non-censure. La raison ? Les promesses n’auraient pas été tenues. Sans préciser lesquelles, il défend une ligne bien à gauche, qui exclut le compromis.

Récent soutien de Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud affiche ainsi une ligne plus radicale que son candidat et identique à celle de son ex-mentor, Olivier Faure. Le premier secrétaire, qui se pose en challenger, a déjà dit qu’il voterait la censure. Ces deux-là, principaux négociateurs de la non-censure du budget 2026, savent qu’elle a été mal comprise par les militants socialistes. En outre, elle n’a pas empêché Olivier Faure, malgré ses multiples interventions télévisées, y compris aux 20 heures, de rester scotché à 3,5 % dans les sondages. Enfin, à seulement quelques mois de la présidentielle, ils sont convaincus qu’ils n’obtiendront pas les mêmes avancées que l’an dernier lors de la fameuse suspension de la réforme des retraites.

Lecornu cherche une majorité de non-censure

Ajoutons à cela que les deux principaux négociateurs socialistes, Philippe Brun pour le budget et Jérôme Guedj pour la Sécurité sociale, ont tous deux rendu leur tablier, pour se concentrer sur la campagne de la primaire où ils se présentent tous les deux. Pour Sébastien Lecornu, le jeu se complique. Le Premier ministre, qui avait mis tant de temps à faire tant de concessions afin d’obtenir le soutien des socialistes, va devoir trouver une autre stratégie. Parmi eux, une seule voix discordante, celle de François Hollande, qui a annoncé qu’il ne censurerait pas le budget. Peut-il convaincre certains autres députés socialistes de le suivre sur cette ligne ? C’est le pari que va tenter Sébastien Lecornu.

Le Premier ministre a un mois devant lui pour convaincre le RN et pour rallier quelques députés socialistes à la non-censure. Il peut s’appuyer sur un sondage de l’IFOP qui indique que les Français préfèrent consentir à l’effort nécessaire plutôt que d’aggraver la situation, déjà périlleuse, de la France. La première salve pour contenir l’envolée des arrêts maladie va en ce sens.

Le RN au centre du jeu budgétaire

Soucieuse de respectabilité, la candidate Marine Le Pen pourrait décider de ne pas censurer. D’autant que la favorite dans les sondages n’a guère envie d’aggraver la situation de la France et de se retrouver sans budget au cas où elle remporterait l’élection présidentielle. Elle est enfin tentée par la proposition habile du Premier ministre, qui évoque un collectif budgétaire voté après la présidentielle, le budget 2027 étant dans un premier temps limité à six mois.

Sébastien Lecornu reste prudent. Hormis l’embarras politique de dépendre du bon vouloir de Marine Le Pen, il connaît trop bien l’imprévisibilité légendaire du RN qui a coûté son gouvernement à Michel Barnier. Et il est trop fin analyste pour se mettre d’emblée dans les filets du Rassemblement national qui ne manquerait pas d’en profiter pour faire monter la pression.

Même minimalistes, les mesures du budget courent le risque du rejet. Pour éviter qu’elles se fassent torpiller, Lecornu a ordonné à ses ouailles, lors du séminaire gouvernemental, d’éviter de lancer des ballons d’essai qui risqueraient de mal retomber. Le Premier ministre préfère se donner le temps de faire la tournée des popotes, tester les réactions des parlementaires, et tenter de trouver une improbable majorité de non-censure de son budget. Bon courage…

Valérie Lecasble

Editorialiste politique