Festival d’Ambronay : l’Europe, c’est baroque
Le festival d’Ambronay, qui se déroulera du 11 au 27 septembre, ne se contente pas chaque année de proposer des concerts et d’ouvrir ses portes au public le plus large : il porte une vision européenne de l’action culturelle.
Encore un festival ? Oui. Encore de la musique baroque ? Oui, encore et toujours. Mais ce n’est pas de cela que nous voulons parler. Du moins pas seulement. Le festival d’Ambronay fait vivre, à sa manière exigeante et chaleureuse, une certaine idée de l’Europe. Installée sur le site d’une abbaye qui comptait parmi les plus importantes au Moyen Âge, cette manifestation se déploie dans une commune d’environ 3 000 habitants, sans exclusive, au cours de trois week-ends. Mais son rayonnement dépasse le cadre de cette manifestation de fin d’été.
Ambronay ouvre le baroque à tous
Isabelle Battioni, directrice du Centre culturel de rencontre d’Ambronay (CCRA) depuis 2021, poursuit l’œuvre entreprise par Alain Brunet, fondateur du festival, en associant des concerts de prestige à des programmes initiatiques. Jordi Savall et William Christie, fidèles d’entre les fidèles, seront les invités vedettes des récitals, tandis qu’à leurs côtés de jeunes artistes bénéficieront d’un appui salutaire. « Le public n’est pas homogène, reconnaît Isabelle Battioni. Nous recevons des mélomanes avertis, mais aussi des gens qui découvrent la musique baroque à l’occasion d’une visite impromptue. Voilà pourquoi nous avons une salle au sein de laquelle nous proposons des spectacles dédiés aux familles, conçus spécialement pour initier, susciter la curiosité tout en donnant du plaisir aux gens. »
Une vision européenne de la culture
Mais à l’heure où tant de nos concitoyens souhaitent se replier, rompre avec l’idéal européen, le festival d’Ambronay poursuit une action transnationale intelligente, éloignée des dogmes et des invectives. Attaché depuis l’origine au département de l’Ain, aux relations positives qu’il entretient avec les entreprises locales, il tisse des liens solides avec des régions italiennes, allemandes, voire espagnoles. « Pour nous, l’Europe est essentielle, souligne Isabelle Battioni. L’Académie Baroque Européenne a été fondée en 1993, bien avant que nous recevions des aides communautaires, parce que nous avions déjà la volonté d’associer l’ancrage local et le dépassement des frontières nationales. Cette conviction s’appuie sur une réalité historique : du XVIe au XVIIIe siècle, les musiciens n’inscrivaient pas leur activité dans un royaume ou un empire, mais dans des régions, des diocèses ou des paroisses. Il nous semble donc aussi juste que pertinent de renouer avec cette tradition, de démontrer que la question européenne est habitée par la musique d’une autre manière que le commerce ou l’économie. »
L’Europe soutient les jeunes ensembles
L’Union européenne permet au CCRA de bénéficier du dispositif européen EEEMERGING +, qui soutient les jeunes ensembles de musique. Avec son appui, le Centre d’Ambronay donne aux artistes les moyens de réfléchir à leur avenir, à leur place dans la société. « Comment passer d’une idée artistique à un véritable projet d’ensemble ? interroge Isabelle Battioni. Comment trouver son identité, créer ses premiers programmes, décrocher ses premières opportunités et construire progressivement un projet durable ? Avec une nouvelle série de podcasts, « Sustainable-EEEMERGING » souhaite accompagner les jeunes artistes et ensembles émergents en musique ancienne à travers les différentes étapes de leur parcours professionnel. » Un peu de musique et de fraternité ? Il y a des jours où l’on y croit.



