Présidentielle : les papys font de la résistance

par Régis Poulain |  publié le 04/09/2026

Pour la première fois sous la Ve République, les électeurs de plus de 50 ans représenteront près de 52 % du corps électoral en 2027, contre seulement 17% pour les 18-30 ans. Un bouleversement démographique qui conditionne déjà la campagne.

Toulouse, des citoyens agés votent au premier tour des élections présidentielles, le 10 avril 2022. (Photo Pablo Tupin/Hans Lucas via AFP)

À l’orée de la présidentielle de 2027, la structure démographique de l’électorat français atteint un seuil inédit. Pour la première fois, les électeurs de plus de 50 ans représenteront près de 52 % du corps électoral, tandis que les 18-30 ans n’en constitueront plus que 17 %. Et encore, c’est sans tenir compte de l’importante abstention qui caractérise cette tranche d’âge. Le pays s’enfonce doucement mais sûrement dans « l’hiver démographique », avec une première baisse de la population estimée pour 2037.

Alors que les jeunes actifs peinent à trouver du travail ou à acheter un bien immobilier dans les bassins d’emploi dynamiques, en raison notamment de salaires trop faibles et de cotisations trop élevées, il y a fort à parier que leurs préoccupations ne seront pas au centre de la campagne. La France est le seul pays développé où les retraités ont un niveau de vie égal à celui des actifs. L’Insee indique que les dépenses de protection sociale ont été le premier moteur de la hausse des dépenses publiques, avec une contribution de 1,4 point pour les retraites, contre 0,4 point pour l’enseignement. Dans le vaste monde des dépenses publiques, les retraités restent un continent préservé.

Retraités : le bal des prétendants

Deux choix semblent ainsi proposés aux Français pour réduire cette iniquité : promettre des larmes et de la sueur (Attal et Philippe) ou assurer que demain, on rasera gratis (Mélenchon et Le Pen). Le recul de l’âge de départ à la retraite, l’instauration d’un système à points ou la réduction du déficit par une baisse des dépenses de fonctionnement de l’État pèseront avant tout sur les actifs. À l’inverse, les retraités bénéficiant des pensions les plus élevées seront, encore une fois, largement épargnés, hormis par Hollande qui suggère de désindexer partiellement les pensions. Quant aux démagogues, ils promettent que leur bouc émissaire – le riche ou l’immigré – paiera l’impossible, à savoir le retour de l’âge de départ à la retraite à 60 ans. Dans les deux cas, les retraités ne seront guère mis à contribution : tout au plus le Premier ministre, Sébastien Lecornu, promet-il que la désindexation de certaines pensions ne serait plus taboue dans le cadre du budget 2027.

La campagne présidentielle a commencé sur les chapeaux de roues : chaque bloc électoral a déjà brandi comme un fanion sa mesure phare. Le centre promet une baisse des charges sans dire comment il la financera, l’extrême droite veut faire la chasse au voile dans l’espace public et la gauche radicale promet d’annuler la dette. Au milieu de ce safari électoral, la vache sacrée des retraités n’entre dans l’angle de tir d’aucun prétendant à l’Élysée : on ne fait pas voter les dindes pour Noël.

Régis Poulain