France Inter : faut-il couper Sapin ?
Les personnels de Radio France ont-ils un zeste de sens politique ? On se pose la question, quand on les voit tendre ainsi à leurs adversaires les verges pour se faire battre, en clouant au pilori un chroniqueur avant qu’il ait commis la moindre faute.
Comment ternir l’image du service public : mode d’emploi. Accusée de manière calomnieuse par la droite et l’extrême droite de partialité politique, la direction de France Inter veut montrer qu’elle se conforme – comme par le passé – à l’obligation qui figure dans son cahier des charges : le pluralisme des opinions. Elle compose donc dans sa nouvelle grille une équipe de chroniqueurs éclectiques parmi lesquels figure Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, journal d’extrême droite.
Charles Sapin au cœur de la polémique
Aussitôt, syndicats et sociétés de rédacteurs, dans une AG unanime, annoncent qu’ils vont déclencher une grève. La raison ? Charles Sapin dirige un hebdo plusieurs fois condamné pour incitation à la haine et au racisme. Jusque-là, on peut comprendre leur réaction, quoique politiquement risquée. L’ennui, dans ce cas précis, c’est que Sapin, ancien journaliste du Figaro et du Point, n’était pas à Valeurs actuelles au moment de ces condamnations, qu’il a réprouvé les articles visés et qu’il affirme avoir été justement embauché, entre autres, pour mettre fin à ces embardées. Sa première chronique, d’ailleurs, porte non sur le « grand remplacement » ou les « méfaits de l’islam », mais sur la dette française.
Le pluralisme de France Inter en question
Dès lors, chacun peut constater qu’il est victime d’un procès d’intention et que son éviction reviendrait en fait à éliminer de l’antenne des idées que nous condamnons certes ici tous les jours, mais qui sont celles d’un bon tiers de Français. Sauf à manquer à ses obligations, comment un service public de l’info, qui dispose d’éditorialistes invités, pourrait-il occulter cette partie de l’opinion, en contradiction avec son propre cahier des charges ? Au demeurant, la direction du service public de la radio, qui a accueilli pendant des décennies l’émission hebdomadaire d’Alain Finkielkraut, parrain intellectuel de la droite dure et de l’extrême droite, pourrait-elle soudain déclarer persona non grata des intervenants du même plumage ? Contradiction dans les termes…
Le risque politique pour l’audiovisuel public
Résultat politique : au grand dam de ses dirigeants et d’une partie de ses animateurs, France Inter se retrouve une nouvelle fois sur le banc des accusés pour partialité, sectarisme, favoritisme envers la gauche, etc., offrant sur un plateau à ses ennemis un thème de campagne redoutable. Aussi partial et injuste qu’il soit, le rapport pondu par Charles Alloncle, le très partisan rapporteur de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public, a répandu dans une partie de l’opinion l’idée que le service public s’était mis au service de la gauche. L’accusation est fausse, maintes fois réfutée, mais elle prospère. Sachant cela, n’eût-il pas été plus habile de rester neutre face à la nomination de Charles Sapin, plutôt que de prendre la posture du commissaire politique interne et de nourrir par là même les honteux réquisitoires d’Alloncle ?



