Le patron de la FED pris dans les taux
Dans une économie qui montre des signes de faiblesse, le nouveau patron de la FED, Kevin Warsh, doit rassurer les marchés tout en satisfaisant un président qui préfère la loyauté à la compétence. Bon courage, Kevin !
Le président américain a une vision tout à fait particulière de l’économie. Ancien promoteur immobilier au succès tout relatif, Trump ne jure que par des taux d’intérêt bas, qui favorisent l’endettement des ménages, notamment pour contracter un emprunt immobilier, ainsi que l’activité économique. L’inflation est pour lui une donnée secondaire, malgré son habileté lors de la campagne 2024, lorsqu’il a su exploiter ce thème contre Joe Biden, avant de l’oublier une fois élu. Il parle désormais de la crise du pouvoir d’achat comme d’un « Hoax », une arnaque qui, selon lui, n’existe pas. Il emploie d’ailleurs le même terme à propos du réchauffement climatique ou de l’affaire Epstein.
Inflation ou croissance, il va falloir choisir
Contrairement à la BCE, dont le mandat porte avant tout sur la stabilité des prix, la FED a également pour objectif le plein emploi. Or le chômage est aujourd’hui bas, tandis que l’inflation repart à la hausse, sous l’effet notamment de la guerre en Iran, qui renchérit le coût de l’énergie, et des droits de douane, qui augmentent le prix des biens importés. L’objectif de 2 % d’inflation étant largement dépassé, Kevin Warsh, nommé récemment à la tête de la FED, aurait déjà dû augmenter les taux d’intérêt.
Sa réticence à le faire renforce les doutes sur son indépendance, déjà exprimés lors de sa nomination. Trump, qui préfère la loyauté à la compétence, ne cachait en effet ni son antipathie envers son prédécesseur, Jerome Powell, ni sa hâte de le remplacer par un patron de la FED plus docile. Cette impatience pénalise aujourd’hui fortement Warsh, dont tous les faits et gestes sont désormais scrutés avec suspicion, d’autant qu’il avait montré sa volonté de plaire à Trump pour s’assurer d’obtenir cette nomination.
La FED joue sa parole
La crédibilité de Warsh est donc d’ores et déjà ébranlée et, avec elle, la parole de la FED, qui constitue pourtant son atout le plus précieux, voire indispensable. Le paradoxe est qu’il est historiquement un faucon (« hawk »), dur sur l’inflation, comme il l’avait montré lorsqu’il occupait d’autres fonctions à la FED… sous Obama.
Sa nouvelle flexibilité et ses manœuvres pour obtenir le poste ont d’ailleurs fait dire à Paul Krugman, économiste keynésien, que la rigueur prônée par Warsh était à géométrie variable : impitoyable avec un Démocrate à la Maison-Blanche, mais plus flexible avec un Républicain. On pourrait élargir le propos à de nombreux républicains, impitoyables sur le déficit lorsque les démocrates sont au pouvoir, mais très laxistes lorsqu’ils le sont eux-mêmes. L’histoire récente montre d’ailleurs un laxisme budgétaire bien plus grand chez les Républicains que chez les Démocrates. Comme souvent, ce phénomène ne se cantonne pas aux États-Unis et peut aussi s’observer en France.
Warsh est confronté à une équation impossible. Pour rassurer les marchés, il doit en dire et en faire davantage que nécessaire, compte tenu des doutes qui pèsent sur lui, mais il sait aussi que Trump ne pardonnera pas une « trahison » de la part de celui qui lui doit son poste. En ce sens, Warsh est un archétype du régime trumpien : un obligé qui doit choisir entre sa loyauté et son intégrité professionnelle. Il est donc pris en étau, en plein conflit d’intérêts, une position très inconfortable, même pour un banquier central… Un dilemme qui engage non seulement sa personne et son pays, mais aussi la stabilité du système financier international.



