Éducation : de mal en Pisa

par Laurent Joffrin |  publié le 09/09/2026

La dernière enquête internationale sur la maîtrise des savoirs fondamentaux par les élèves montre que la France ne cesse de régresser dangereusement. Certains se consolent en soulignant qu’il en va de même dans beaucoup de pays. Erreur tragique…

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Nous allons mal, mais les autres aussi. Donc tout va bien. À peine caricaturée, telle est la réaction d’une bonne partie des commentateurs – de gauche notamment – à la publication des résultats de la dernière enquête Pisa sur le niveau des élèves de quinze ans dans les pays de l’OCDE. Conjuration des autruches…

La baisse du niveau scolaire inquiète

Ce verdict, bien au contraire, devrait susciter l’instauration d’un état d’urgence éducatif. La baisse du niveau augure pour ces pays à la traîne d’un avenir bien sombre. Comment faire face aux défis du siècle avec une population dont le niveau scolaire est en chute libre ? Alors même que les remèdes sont largement connus, dès lors que l’on admet la réalité de cette détérioration générale des compétences scolaires.

Pourquoi le niveau baisse-t-il ? Nulle cause unique, nul coupable solitaire qu’on pourrait clouer au pilori. Plutôt un ensemble de facteurs qu’on a peine à embrasser sans biais idéologique. La droite, en la personne de Bruno Retailleau, s’en prend au collège unique, unique objet de son ressentiment. C’est vouloir le retour à un système éducatif élitiste, qui laissera les enfants des classes défavorisées sur le bord de la route. Les syndicats d’enseignants, le plus souvent orientés à gauche, incriminent le manque de moyens, comme s’il expliquait tout. Il y a pourtant d’autres facteurs, reconnus par les spécialistes de l’éducation, mais que les responsables politiques peinent à prendre en compte. Quatre exemples.

Numérique et désordre dans les classes

L’addiction aux réseaux numériques détourne les élèves de la concentration et du temps de lecture nécessaires à une bonne maîtrise des savoirs. Pourtant, la classe politique a échoué à mettre en place l’interdiction de cette drogue de l’ignorance aux moins de quinze ans.

Les mêmes enquêtes Pisa montrent que la moitié des élèves interrogés se plaignent du bruit et du désordre qui règnent dans une bonne partie des classes. Le retour à la tranquillité scolaire devrait être un objectif prioritaire. Personne n’en parle.

L’exigence minimale pour le passage du primaire au secondaire n’est pas respectée. Elle est pourtant primordiale : les élèves qui n’ont pas pu maîtriser les savoirs élémentaires sont projetés sans filet au collège, promis à une scolarité stérile et humiliante. La droite a grand tort de vouloir les exclure sans cérémonie. Certes. Mais où sont les procédures, les classes de rattrapage, les enseignants spécialisés qui pourraient remettre à niveau les élèves en difficulté avant d’affronter l’enseignement secondaire, sachant que les inégalités scolaires sont un facteur décisif de la baisse du niveau ?

Les inégalités scolaires en question

L’enseignement privé profite de cette déconfiture publique pour attirer à lui un nombre croissant d’élèves, accroissant les inégalités. Nul ne songe à l’en empêcher. Mais quand lui imposera-t-on de respecter lui aussi des obligations réelles de mixité sociale ?

On pourrait allonger la liste à loisir. Mais tout cela est bien connu des praticiens du système. Il y manque seulement le réalisme et la volonté politique, qui devraient être un sujet central dans la campagne présidentielle qui commence.

Laurent Joffrin