Trump-Netanyahou : l’impunité en partage
La vision illibérale et le rejet des contre-pouvoirs que partagent Trump et Netanyahou vont de pair avec un refus d’assumer leurs responsabilités devant leurs peuples respectifs à l’approche d’échéances électorales cruciales en Israël et aux États-Unis.
Dans l’affaire du sang contaminé, la ministre Georgina Dufoix avait prononcé une formule passée à la postérité, s’estimant « responsable mais pas coupable ». Si ces mots résumaient assez bien la distinction entre responsabilité politique et responsabilité pénale, ils avaient été largement perçus comme une manière de se défausser. « Ni responsables ni coupables » pourrait être aujourd’hui la devise de Netanyahou et Trump, qui ont érigé l’irresponsabilité politique en art de gouverner.
Netanyahou, la faute aux autres
Après un mandat marqué par le massacre du 7 octobre, Mar Bitakhon (« Monsieur Sécurité ») refuse toujours, près de trois ans après cet échec majeur, d’en reconnaître la moindre responsabilité. Tous les principaux responsables de la sécurité ont quitté leurs fonctions – à la tête de l’armée, du renseignement militaire, de la sécurité intérieure ou du ministère de la Défense –, mais Netanyahou a pu rester en place. Contrairement à Golda Meir après la guerre du Kippour, il a bénéficié d’une coalition d’autant plus soudée qu’elle se savait impopulaire et menacée d’être balayée en cas d’élections anticipées.
Il vient encore une fois, toute honte bue, de rejeter la faute sur l’armée et les services de renseignement, qui ne l’auraient pas réveillé à temps. Une réécriture des responsabilités qui heurte une majorité d’Israéliens, pourtant habitués au refus de Netanyahou de reconnaître ses torts. On retrouve cette même attitude lorsqu’il est question de l’isolement d’Israël, de la dégradation de la relation israélo-américaine ou de l’exode des forces vives du pays depuis sa tentative de réforme judiciaire visant à fragiliser l’État de droit.
On retrouve cette même incapacité à assumer l’échec chez Trump, sur des sujets comme l’inflation, alimentée par ses droits de douane, la perte de crédibilité des États-Unis dans le monde ou l’enlisement de la guerre en Iran. Sur chacun de ces sujets, Trump refuse d’endosser la moindre responsabilité, soit en niant l’existence même du problème, soit en l’imputant à ses prédécesseurs.
Responsables devant personne
Cette incapacité à répondre de ses actes se retrouve sur le terrain judiciaire, alors que les deux hommes ont été confrontés à des accusations très graves, notamment de corruption pour Netanyahou et d’agression sexuelle pour Trump. À leurs yeux, les procédures engagées contre eux ne peuvent être que le fruit d’institutions corrompues, déterminées à les abattre et à s’opposer au choix du peuple. Une mécanique caractéristique du populisme : si le chef incarne la volonté populaire, celui qui le juge s’en prend nécessairement au peuple lui-même.
Ces démagogues aiment en effet se prévaloir du peuple pour mieux contourner les institutions honnies – la presse ou la justice notamment – susceptibles de mettre en cause leur responsabilité, politique comme judiciaire. Mais cet appel au peuple est un leurre. Leurs penchants autocratiques et leur instinct de survie les conduisent aussi à se méfier de son verdict, contre-pouvoir ultime. En témoignent leurs tentatives de limiter la liberté d’informer ou l’accès au vote, d’écarter certains candidats du scrutin ou encore de contester le résultat d’une élection qui leur a été, ou pourrait leur être, défavorable.
L’heure de rendre des comptes
À rebours du célèbre écriteau « The Buck Stops Here » posé sur le bureau de Harry Truman, Netanyahou et Trump ont érigé la défausse en art de la survie politique. Ce refus d’assumer la moindre responsabilité pourrait les conduire à de nouvelles extrémités pour échapper à un verdict des urnes susceptible de les fragiliser également sur le terrain judiciaire.
Alors que des élections se profilent en Israël et aux États-Unis, les contre-pouvoirs qu’ils honnissent et les institutions démocratiques pourraient avoir un rôle crucial à jouer : faire respecter un éventuel verdict électoral défavorable, indispensable au fonctionnement démocratique des deux pays.



