Les survivants du Che
Ils sont six rescapés de l’embuscade militaire qui a conduit à l’arrestation et à l’exécution d’Ernesto Guevara, dit « le Che », en Bolivie. Isolés, traqués, ils doivent marcher près de 4 000 kilomètres dans la jungle et la montagne pour survivre. Une épopée racontée avec force et simplicité dans le film de Christophe Dimitri Réveille.
Le Che ! Toute la jeunesse du monde s’est enflammée pour ce héros des temps modernes, figure romantique, défiant l’Amérique après la chute de Batista à Cuba. Porter la révolution en Amérique latine, tenue par la CIA, Che Guevara, communiste, s’y engage, sur instruction de Fidel Castro, le líder máximo de la révolution cubaine. Un pari fou, ils choisissent la Bolivie pour lancer le combat, envoient Régis Debray, jeune intellectuel français, engagé à leurs côtés, enrôlent, à côté des Cubains, des compagnons sur place et organisent les unités de combat contre l’armée régulière. Ils sont dans la jungle, se cachent et s’entraînent, comptant sur la complicité des villageois exploités par le régime en place.
L’exécution du Che en Bolivie
Le film commence par les images du Che, sa vie avec Fidel, cette tête d’intellectuel barbu, puis la photo de son corps sans vie, assassiné le 8 octobre 1967. Un traquenard minutieusement préparé par l’armée bolivienne et les Américains qui conduit à l’arrestation du Che, prisonnier bien embarrassant dont ils ne savent pas vraiment quoi faire : le garder prisonnier ? Organiser son procès ? Finalement, ils l’exécutent, le lendemain, dans l’école de La Higuera, bourgade rurale située à l’est du pays, essayant de faire croire qu’il a été tué au combat. Régis Debray a été arrêté, en prison jusqu’à son procès.
Mais ce que l’on ne connaissait pas, et c’est le sujet du film, c’est la fuite éperdue de ses six compagnons d’armes, miraculeusement libres, parce qu’envoyés observer la situation dans un ravin, un peu plus loin, et dont l’obsession sera de rentrer à La Havane pour raconter à Fidel Castro ce qui s’est passé. Ils sont trois Cubains, Pombo, le plus proche complice du Che, Urbano, Benigno, et trois Boliviens, Inti Peredo, le chef de la guérilla bolivienne, El Ñato et Darío. Quand le Che a été exécuté, ils sont juste à côté de l’école mais ne savent pas que leur chef y est enfermé. Sinon, ils auraient attaqué, au risque de leur vie, compte tenu des forces boliviennes en présence.
Une marche de 3 800 kilomètres
Une longue marche commence, 3 800 kilomètres, traqués par l’armée, sans vivres, hébergés parfois par des villageois qui paieront de leur vie l’aide qu’ils leur ont apportée. Des combats aussi, et le pacte passé entre eux qui les oblige à sacrifier l’un des leurs, El Ñato, blessé et qui ne pouvait plus suivre. C’est une épopée poignante que l’on suit grâce à leurs récits, cinquante ans après, et des images animées, des photos, émouvantes, un travail remarquable réalisé par Christophe Dimitri Réveille, qui signe son premier film, avec l’aide des images de Simon Géliot et de Julien Schickel, retourné sur les lieux nous faire sentir la réalité de cette histoire.
Franchir à pied la cordillère des Andes, dernière épreuve avant d’être accueillis au Chili par Salvador Allende, alors président du Sénat et chef de l’opposition, mobilisé pour les sauver. Allende, que Régis Debray, après quatre ans emprisonné et si proche de la mort, retrouvera une fois libéré et qu’il conseillera, ami et frère d’armes, jusqu’à la veille du coup d’État de Pinochet et son suicide.
Un récit sur l’idéal révolutionnaire
Ce récit remarquable par sa simplicité et son authenticité, admirablement dit par Vincent Lindon, nous fait revivre cette époque où l’Amérique latine pensait pouvoir lutter contre l’impérialisme américain, grâce à la force de leurs convictions et au pouvoir de la guérilla.
Cinquante ans après, cet idéal d’une société plus équitable, notamment pour la classe paysanne, saisit le spectateur et renvoie le citoyen à l’époque d’aujourd’hui : l’extrême droite à nouveau au pouvoir un peu partout et l’impérialisme américain plus arrogant que jamais.
Mais le courage, la détermination, la foi de ces survivants du Che nous font comprendre que ce combat n’est jamais fini, une longue chaîne qui, de génération en génération, transmet la nécessité de lutter contre l’injustice, fût-ce au péril de sa vie.



