Extrême droite suédoise : le parti baisse, les idées montent
Les mal nommés Démocrates de Suède sortent affaiblis des élections du 13 septembre et voient s’éloigner leurs ambitions gouvernementales. Mais en quatre ans, le parti d’extrême droite a su ancrer ses idées au cœur du débat public.
L’hypothèse de leur entrée au gouvernement nourrissait de sérieuses craintes. Les élections législatives du 13 septembre auront finalement marqué le recul d’une formation populiste habituée, depuis quinze ans, à voir chaque scrutin renforcer son influence. Avec environ 17,5 % des voix, les Démocrates de Suède ont perdu trois points par rapport à 2022 et retombent à la troisième place : un véritable revers depuis leur entrée au Parlement suédois en 2010.
Dans un Riksdag de 349 sièges, le bloc emmené par les sociaux-démocrates – avec la gauche, les écologistes et les centristes – l’emporte de justesse avec 176 élus et 49,5 % des voix, contre 173 élus et 48,8 % aux quatre partis de Tidö (le pacte conclu en 2022 réunissant la droite gouvernementale et les Démocrates de Suède).
Double coup dur pour le chef du parti, Jimmie Åkesson, qui avait consenti à rester hors du gouvernement de coalition du Premier ministre modéré Ulf Kristersson, moyennant une influence concrète sur sa politique, et la perspective de voir entrer des ministres d’extrême droite au gouvernement en cas de succès électoral en 2026. La courte victoire du bloc de centre gauche aux élections du 13 septembre vient balayer ses espoirs.
Battus dans les urnes, installés dans le débat
En apparence, l’extrême droite suédoise est donc arithmétiquement mal en point. Seulement, son influence croissante se mesure bien au-delà des urnes.
Les Démocrates de Suède ne comptaient aucun ministre dans le gouvernement Kristersson, mais s’étaient rendus indispensables à sa survie. L’accord de Tidö leur a permis de soutenir la coalition gouvernementale sans y participer, tout en pesant sur plusieurs de ses priorités, notamment l’immigration et la lutte contre la criminalité. La frontière était confortable, et c’est sans doute là leur principale réussite politique à ce jour.
Quand les autres adoptent vos codes
Il est une difficulté inhérente aux partis protestataires à mesure qu’ils parviennent à peser dans l’opinion et sur le pouvoir en place, et celui de Jimmie Åkesson n’y fait pas exception : comment revendiquer sa singularité lorsque ses adversaires commencent précisément à épouser ses thèmes clés ?
En l’occurrence, les Démocrates de Suède misaient sur une double particularité : s’attaquer frontalement à ce que les autres partis évitaient, selon eux, soigneusement d’aborder au sujet de l’immigration, mais aussi user et abuser d’une posture de mouvement « hors système ».
Seulement, la crédibilité de cette rhétorique a été fortement érodée par quatre années de soutien à un gouvernement de droite. Se pose désormais une question plus structurelle pour les électeurs des Démocrates de Suède : à quoi bon voter pour le parti qui promettait de tout chambouler alors même que les lignes de force politiques ont déjà largement bougé dans le pays ?
La défaite la plus trompeuse de Suède
Selon plusieurs observateurs de la vie politique suédoise et européenne, ce scrutin marque moins la fin d’un cycle de progression du populisme que la naissance d’une ambiguïté nouvelle.
Si l’extrême droite suédoise devra probablement attendre quatre ans avant de saisir une nouvelle occasion historique d’entrer au gouvernement, sa capacité à avoir durablement modifié les termes de la discussion politique est une réalité. De fait, ses adversaires se mettent à répondre aux questions posées par les populistes et à s’approprier certaines des catégories qui ont nourri leur ascension.
Les Démocrates de Suède pourraient ainsi voir s’inverser radicalement le paradigme qui était le leur depuis le début des années 2010. L’enjeu pour eux n’est plus de savoir jusqu’où ils peuvent progresser, mais bien de rester populaires et incontournables dans un paysage politique qu’ils ont eux-mêmes œuvré à transformer durablement.



